Servilie (6/12)
Quand je rendis visite au ministre des finances, celui-ci me reçut immédiatement, bien qu’il fut, disait-il, en plein travail.
— Votre venue tombe à point nommé, cher monsieur, je vais pouvoir m’accorder une petite pause. J’ai travaillé jusqu’à maintenant et, croyez-moi, j’en ai déjà la migraine! dit le ministre en levant sur moi des yeux éteints.
— Votre charge est en effet très lourde quand il y a tant à faire, observai-je. Vous réfléchissiez sans doute à quelque importante question financière?
— La polémique qui m’oppose à M. le ministre des travaux publics sur un point fondamental va, je crois, vous intéresser à plus d’un titre. Depuis ce matin, j’y ai passé trois bonnes heures. Je m’estime en droit de plaider une cause juste… Tenez, je vais vous montrer l’article que j’ai préparé pour la presse.
J’attendais avec impatience de prendre connaissance du mémorable article et, par la même occasion, de découvrir le motif de la lutte capitale et acharnée engagée entre le ministre des travaux publics et celui des finances. Ce dernier, plein de majesté, le visage empreint d’une gravité solennelle, prit un manuscrit entre les mains, se racla la gorge et lut le titre: «Quelques mots de plus sur la question des frontières méridionales de notre pays dans l’Antiquité»
— Il s’agit, semble-t-il, d’un différend de nature historique?
Quelque peu surpris par une remarque aussi saugrenue, le ministre confirma, en me regardant à travers ses lunettes d’un œil morne et las:
— Historique, oui.
— Vous traitez de questions d’histoire?
— Moi?… s’exclama le ministre, une pointe d’irritation dans la voix. C’est une discipline que je pratique depuis près de trente ans et ce, sans vouloir me vanter, avec succès, termina-t-il avec un air de reproche.
Pour justifier tant soit peu les propos franchement inconsidérés que je venais de tenir, je dis poliment:
— J’apprécie hautement l’histoire et les gens qui dévouent toute leur existence à cette science vraiment fondamentale.
— Non seulement fondamentale, cher monsieur, mais la plus fondamentale de toutes, vous comprenez, la plus fondamentale! s’écria le ministre avec exaltation, en posant sur moi un lourd regard interrogateur.
— Absolument! acquiesçai-je.
— Voyez-vous, reprit-il, si ce que mon collègue des travaux publics avance à propos de la frontière de notre pays devait être avéré, ce serait extrêmement dommageable!
— Lui aussi est historien? l’interrompis-je.
— Pseudo-historien. Ses travaux dans ce domaine ne font que causer du tort. Tenez, lisez vous-même son point de vue sur l’antique frontière de notre pays, vous verrez tout ce qu’il y a là d’ignorance et même, à dire vrai, d’absence de patriotisme.
— Et que démontre-t-il, s’il est permis de le savoir? lui demandai-je.
— Mais cher monsieur, il ne démontre rien! Son argumentation est déplorable: il prétend que l’ancienne frontière méridionale passait au nord de Bourg-la-Rapine; c’est malhonnête, car nos ennemis peuvent alors, la conscience tranquille, revendiquer des territoires jusqu’au-delà de cette ville. Vous imaginez les torts que cela cause à ce pays martyrisé? déclama le ministre avec véhémence, d’une voix consternée où vibrait un légitime courroux.
— Des torts incommensurables! m’exclamai-je à mon tour, comme épouvanté à l’idée de l’abomination que l’ignorance et l’incompréhension du ministre des travaux publics risquaient d’infliger au pays tout entier.
— Je ne céderai pas sur ce point, monsieur, car ainsi me l’ordonne le devoir que j’ai d’agir en bon fils à l’égard de notre mère patrie. Je vais porter ce litige devant la représentation nationale elle-même; qu’elle prenne sa décision, qui vaudra pour chacun de nos concitoyens. En cas de désaveu, je donnerai ma démission, car c’est déjà la deuxième fois que je suis en conflit avec le ministre des travaux publics, et une fois de plus sur des questions déterminantes pour le pays.
— L’Assemblée est donc habilitée à se prononcer sur des sujets relevant de la science?
— Pourquoi ne le serait-elle pas? L’Assemblée est en droit de prendre, sur tous les sujets, des décisions qui ont force de loi. Tenez, hier, l’un de nos compatriotes a soumis une requête à la Chambre afin que sa date de naissance soit avancée de cinq ans.
— Comment est-ce possible? m’étonnai-je spontanément.
— Et pourquoi ne serait-ce pas possible?… Il est né, mettons, en 1874, et l’Assemblée proclame que son année de naissance est 1869.
— Surprenant! Et cela lui sert à quoi?
— A avoir le droit de se porter candidat à la députation dans une circonscription dont le siège est vacant; c’est notre homme, il contribuera comme il convient à l’équilibre politique actuel.
Interdit, je ne sus que dire. Le ministre eut l’air de s’en rendre compte et reprit:
— On dirait que cela vous étonne. Les cas de ce genre ne sont pas rares. La Chambre a donné suite à une requête de cette nature adressée par une dame qui réclamait que l’Assemblée la déclare plus jeune de dix ans. Une autre femme a sollicité des députés qu’ils décident de manière irrévocable qu’elle avait, dans son mariage, donné naissance à deux enfants, ceux-ci devenant aussitôt les héritiers légaux du riche mari. Et comme cette femme avait de bons et puissants amis, l’Assemblée a bien sûr accédé à son innocente et noble demande; elle a été déclarée mère de deux enfants.
— Et où sont les enfants? demandai-je.
— Quels enfants?
— Mais ceux dont vous parlez!
— Ils n’existent pas, vous ne comprenez donc pas? Grâce à la décision de la Chambre, on considère que cette femme a deux enfants, ce qui a mis fin à la vie détestable qu’elle menait avec son mari.
Bien que ce ne fut guère poli, je ne pus m’empêcher de dire:
— Je ne comprends pas.
— Comment ça, vous ne comprenez pas? C’est pourtant simple. Ce riche négociant, le mari de la dame dont nous parlons, n’a pas eu d’enfants avec elle. Vous comprenez?
— Je comprends.
— Parfait, maintenant écoutez la suite: étant très riche il voulait avoir des enfants qui hériteraient de son vaste patrimoine, ce qui a rendu infernale la vie commune avec son épouse. Celle-ci, comme je vous le disais, s’est alors adressée à la Chambre, qui a résolu le problème favorablement.
— Mais le riche négociant est-il satisfait de cette décision de la représentation nationale?
— Évidemment qu’il en est satisfait. Il est maintenant tout à fait tranquillisé et aime désormais beaucoup sa femme.
La conversation suivit son cours, nous discutâmes de nombreux sujets; mais M. le ministre n’aborda pas le moins du monde les questions financières.
Finalement, je m’enhardis à lui demander sur le ton le plus humble:
— La gestion des finances publiques est excellente dans votre pays, monsieur le ministre?
— Excellente! dit-il avec assurance.
Il ajouta aussitôt:
— L’essentiel est de bien élaborer le budget, ensuite cela va tout seul.
— À combien de millions par an s’élève le budget de l’État?
— À plus de quatre-vingts millions, qui se répartissent comme suit: pour les anciens ministres, maintenant à la retraite ou en disponibilité, trente millions; pour l’achat des décorations, dix millions; pour la promotion de l’épargne populaire, cinq millions.
— Pardonnez-moi de vous interrompre, monsieur le ministre… Je ne comprends pas la nature de ces dépenses, à hauteur de cinq millions, pour promouvoir l’épargne.
— Eh bien voyez-vous, cher monsieur, dès qu’il s’agit de financement, le plus important, incontestablement, c’est l’épargne. Cette innovation n’existe nulle part au monde, mais les épreuves dues aux désastreuses conditions financières du pays nous y ont habitués, et nous avons donc choisi de sacrifier cette coquette somme chaque année afin d’aider et de soulager si peu que ce soit notre peuple. Désormais la situation ne peut que s’améliorer: en effet, en ce court laps de temps, un bon million a déjà été prodigué aux auteurs d’ouvrages sur l’épargne destinés au grand public. Comme j’ai moi-même l’intention d’aider tant soit peu mes compatriotes à cet égard, je suis en train d’écrire un livre, Notre nation et l’épargne pendant l’Antiquité; mon fils rédige le sien, L’influence de l’épargne sur le progrès culturel de la nation; ma fille a jusqu’à présent achevé deux nouvelles, pour le grand public également, sur la nécessité d’épargner, et elle travaille actuellement à une troisième, Ljubica la fastueuse et Mica l’économe.
— Ce doit être une bien belle histoire!
— Très belle. On y raconte comment Ljubica se ruina par amour et comment Mica épousa un nabab, sans jamais se défaire de son sens de l’économie. L’histoire se termine par ces mots: «Aide-toi, le ciel t’aidera.»
— Cela va avoir une influence extraordinairement positive sur le peuple! dis-je enthousiasmé.
— Assurément, poursuivit M. le ministre, une grande et considérable influence. Tenez, par exemple, depuis que l’épargne a été instituée, ma fille a déjà économisé plus de cent mille dinars pour sa dot.
— C’est donc un poste capital du budget, fis-je observer.
— C’est exact, mais avoir cette bonne idée nous a coûté fort cher; quant aux autres postes budgétaires, ils existaient déjà auparavant, avant que je ne devienne ministre. Par exemple, cinq millions pour les festivités populaires, dix millions pour les dépenses discrétionnaires des membres du cabinet, cinq pour la police secrète, cinq pour entretenir le gouvernement et consolider sa position, un demi-million pour les frais de représentation des ministres. Là comme ailleurs, nous sommes très économes. Vient ensuite tout le reste, de moindre importance dans le budget.
— Et pour l’éducation, la défense, les autres administrations?
— Ah oui, vous avez raison, il y en a encore pour une quarantaine de millions, l’éducation exceptée, mais ce montant entre dans le déficit annuel ordinaire.
— Et l’éducation, alors?
— L’éducation? Eh bien, évidemment, les coûts y afferents font partie des dépenses non prévues.
— Mais alors, par quoi comblez-vous un si grand déficit?
— Par rien. Par quoi voudriez-vous le combler? Il est imputé sur la dette publique. Dès que le déficit atteint un certain montant, nous lançons un emprunt, et ainsi de suite. D’un autre côté, nous veillons que certains chapitres du budget soient excédentaires. J’ai déjà commencé à introduire des mesures d’économie dans mon ministère, et mes collègues y travaillent eux aussi d’arrache-pied. Épargner, je vous le disais tout à l’heure, c’est la clef de la prospérité, dans n’importe quel pays. Hier, pour faire des économies, j’ai congédié l’un de mes agents. Ça fait toujours huit cents dinars de moins par an.
— Vous avez bien fait! dis-je.
— Il faut s’atteler une bonne fois à la besogne, n’est-ce pas, pour assurer la prospérité du pays. Le gars pleurniche pour que je le reprenne, il m’en supplie, et il n’est ni fautif ni mauvais bougre, mais quand ça ne va plus, ça ne va plus: ainsi l’exigent les intérêts de notre chère patrie. «Je reprendrai du service même pour la moitié de mon salaire» m’a-t-il dit, à quoi j’ai répondu: «Impossible; je suis certes ministre mais ce n’est pas mon argent, c’est celui du peuple, gagné à la sueur de son front, et j’ai le devoir de tenir sévèrement le compte de chaque dinar dépensé.» Dites-moi, je vous prie, cher monsieur, depuis quand est-il permis de jeter par les fenêtres huit cents dinars appartenant à l’État?
Les sourcils levés, il attendait que j’abonde dans son sens.
— Absolument!
— Tenez, l’autre jour, un membre du gouvernement s’est vu octroyer, pour soigner sa femme, une grosse somme issue du poste budgétaire des dépenses discrétionnaires; et alors, si on ne fait pas attention à chaque sou, comment la nation fera-t-elle pour payer?
— Et à combien s’élèvent les revenus du pays, monsieur le ministre? C’est un sujet qui vous préoccupe, je suppose?
— Pensez-vous, cela n’a aucune espèce d’importance!… Comment dire? À franchement parler, on ne sait pas encore à combien s’élèvent les revenus. J’ai lu quelque chose à ce propos dans un journal étranger, mais allez savoir si c’est exact. En tout cas, les revenus sont substantiels, très certainement substantiels! dit le ministre d’un ton convaincu et avec un sérieux d’expert.
Notre agréable et grave conversation fut interrompue par l’huissier qui, entrant dans le bureau, annonça qu’une délégation de fonctionnaires souhaitait être reçue par le M. le ministre.
— Je les appelle tout de suite, qu’ils attendent une minute, répondit-il.
Se tournant vers moi, il poursuivit:
— Si vous saviez! Je suis si fatigué de recevoir tant de monde depuis deux ou trois jours, je ne sais plus où donner de la tête. J’ai tout de même réussi à trouver un moment pour notre agréable entretien!
— Ils viennent pour raisons professionnelles? demandai-je.
— Figurez-vous que j ’ai eu, juste là sur le pied, un énorme cor que j’ai fait opérer il y a quatre jours; tout s’est très bien passé, Dieu soit loué. C’est la raison de ces visites; accompagnés de leur chef, les fonctionnaires viennent me féliciter et me dire la joie que leur a causée l’heureux déroulement de l’opération.
Je m’excusai auprès de M. le ministre de l’avoir dérangé en plein travail; pour ne pas l’interrompre plus longtemps, je lui fis mes salutations les plus respectueuses et quittai son cabinet.
Et effectivement, les journaux étaient remplis de nouveaux communiqués sur ce cor ministériel:
«Hier à quatre heures de l’après-midi, les fonctionnaires du bureau …, accompagnés de leur chef, se sont rendus en délégation chez M. le ministre des finances pour le féliciter chaleureusement de son heureuse opération du cor. M. le ministre a bien voulu les recevoir avec gentillesse et cordialité, et à cette occasion M. le chef de bureau, au nom de tous ses subordonnés, a prononcé un émouvant discours, après quoi M. le ministre les a tous remerciés de cette rare attention et de leurs sentiments dévoués.»
Servilie (5/12)
Une fois dehors, je fus surpris: un monde fou, à perte de vue, déferlait de tous côtés et convergeait par groupes devant une grande bâtisse. Chaque groupe brandissait sa bannière, sur laquelle étaient inscrits le nom de sa région d’origine et, au-dessous, les mots «Sacrifions tout pour la Servilie» ou encore «Nous aimons la Servilie plus encore que ses cochons».
La rue avait un air de fête inhabituel, les maisons étaient pavoisées de drapeaux blancs frappés en leur milieu des armes nationales, toutes les boutiques étaient closes et le trafic totalement interrompu.
— De quoi s’agit-il? demandai-je avec curiosité à un passant.
— D’une célébration. Vous n’êtes pas au courant?
— Non.
— Ça fait pourtant trois jours qu’on en parle dans les journaux. Notre grand dirigeant et grand diplomate, dont la patrie ne mesure plus les immenses mérites, et qui a une influence déterminante sur la politique extérieure et intérieure du pays, a eu un gros rhume, que la grâce divine et l’extrême dévouement des médecins ont guéri: désormais, rien ne l’empêche plus de consacrer toute son attention et toute sa sollicitude au bien et au bonheur de cette nation martyrisée, et de la conduire vers un avenir encore meilleur.
Une foule innombrable se retrouva devant la demeure du grand homme d’État; il y avait là une telle densité d’hommes, de femmes et d’enfants que même la pluie la plus drue n’aurait pu tomber jusqu’au pavé. Tout le monde enleva son couvre-chef; dans chaque groupe, quelqu’un avait noté un discours patriotique sur un papier qu’on voyait dépasser de sa poche.
Quand le vénérable homme d’État apparut à son balcon, un tonnerre de vivats déchira l’atmosphère, résonnant dans la ville entière. On entendit cliqueter les espagnolettes de toutes les maisons environnantes et les visages se pressèrent aux fenêtres. Tout l’espace fut envahi de curieux, les clôtures, les toits, jusqu’aux combles, d’où émergeaient par chaque lanterneau deux ou trois têtes au moins.
Les acclamations cessèrent, un silence de plomb s’abattit, et une petite voix chevrotante stridula dans la foule:
— Ô toi, sage dirigeant!…
L’orateur fut interrompu par une tempête d’exclamations véhémentes:
— Vivat! Vivat! Vivat!
Quand la foule de fervents patriotes se fut calmée, il poursuivit :
— Dans ma région, les gens pleurent d’allégresse à chaudes larmes et s’agenouillent pour rendre grâce au Créateur très miséricordieux, dont la clémence a épargné à notre peuple une grande infortune en te rendant la santé! Puisses-tu vivre longtemps, ô grand dirigeant, pour le bonheur et la fierté du pays!
Des milliers de bouches s’écrièrent:
— Hourra!
Le sage homme d’État remercia l’orateur de ses sincères compliments et rappela qu’à l’avenir toutes ses pensées, tous ses sentiments continueraient de tendre au renforcement de la culture, de l’économie et du bien-être de la chère patrie.
Il va de soi qu’un nombre incalculable de vivats saluèrent son discours.
Une dizaine d’orateurs de tous les coins du pays se succédèrent ainsi, et à chaque discours le vénérable homme d’État répondait par une courte déclaration patriotique. Naturellement, le tout était ponctué des mêmes «Vivat!» exaltés et retentissants.
L’accomplissement de tous ces rites dura un certain temps. Quand ce fut fini, la musique se mit à jouer à travers toutes les rues; la foule déambulait dans tous les sens, la fête n’en avait que plus de faste.
Le soir, il y eut une illumination de la ville; accompagnant la multitude d’ardents patriotes portant flambeau, la musique déchirait de nouveau l’atmosphère de cette heureuse cité; haut dans le ciel noir, des fusées éclataient en gerbes de lumière qui faisaient resplendir, comme tissé de minuscules étoiles, le nom du grand dirigeant.
Après quoi, une nuit profonde et silencieuse tomba; les habitants du merveilleux pays de Servilie, fatigués d’avoir rempli leurs nobles obligations civiques, dormirent du sommeil du juste, rêvant de l’avenir radieux et de la grandeur de leur chère patrie.
Ébranlé par toutes ces impressions étranges, je ne pus fermer l’œil de la nuit. Ce n’est que juste avant l’aube que je sombrai dans le sommeil, tout habillé et la tête appuyée sur la table; il me sembla qu’une voix terrible et démoniaque me disait, dans un éclat de rire sardonique:
— La voilà, ta patrie!… Ha, ha, ha, ha!…
Je me réveillai en sursaut et me mis à trembler sous l’effet de cet horrible présage; dans mes oreilles résonnait encore ce «Ha, ha, ha, ha!» plein de méchanceté.
Le lendemain, on parlait de ces festivités dans tous les journaux du pays. Celui du gouvernement n’était pas en reste, qui publiait moult télégrammes, envoyés des quatre coins de Servilie et portant un nombre incalculable de signatures, dans lesquels on regrettait de n’avoir pu venir en personne exprimer sa joie suite à l’heureuse guérison du grand dirigeant.
De surcroît, le médecin en chef de ce dernier devint tout d’un coup un personnage célébré. Toute la presse mentionnait les citoyens éclairés de tel ou tel bourg, tel ou tel arrondissement ou district, qui allaient gratifier le docteur Miron (c’est ainsi qu’il s’appelait) de tel ou tel présent de grande valeur en hommage à ses mérites. L’un des quotidiens écrivait:
«Nous apprenons que la ville de Bourg-la-Rapine, à l’instar d’autres cités, prépare elle aussi un cadeau précieux pour le docteur Miron. Il s’agit d’une statuette en argent représentant Esculape; il tient dans ses mains un encrier, également en argent, autour duquel sont entrelacés deux serpents dorés dont les yeux sont en diamant et qui portent des fleurs dans leur gueule. Sur la poitrine d’Esculape, les mots suivants seront gravés en lettres d’or: “Au docteur Miron, avec notre reconnaissance éternelle pour services rendus à la Patrie, les citoyens de Bourg-la-Rapine.”»
Les journaux débordaient de dépêches de cette nature. Tout le pays préparait des présents de prix pour cet heureux docteur Miron et lui exprimait par voie de télégramme sa reconnaissance. Une ville s’était prise d’un tel engouement qu’elle avait commencé à édifier une grandiose villa, sur laquelle devait être apposée une gigantesque plaque de marbre exprimant la reconnaissance populaire.
Il est évidemment inutile de préciser qu’on fit aussitôt exécuter et reproduire un tableau du grand dirigeant en train de serrer la main du médecin et de le remercier de son extrême dévouement. Au bas du tableau, on pouvait lire:
«Merci à toi, fidèle Miron, d’avoir écarté de moi la maladie qui m’empêchait de me consacrer tout entier au bonheur de ma chère patrie!
— Je n’ai fait que remplir mon devoir sacré vis-à-vis de la patrie!»
Au-dessus de leurs têtes, dans les nuages, une colombe planait, qui tenait dans son bec une oriflamme portant les mots: «La Servilie s’en remet au Seigneur miséricordieux, qui écarte d’elle tous les maux.»
Au-dessus de la colombe, un énorme titre disait: «En souvenir du jour qui vit l’heureuse guérison du grand dirigeant Simon» (c’est ainsi qu’il devait s’appeler, si je me souviens bien).
Parcourant les rues et les auberges, les gamins apportaient partout ces images en criant à tue-tête:
— Dernières images! Le dirigeant Simon et le docteur Miron!…
—
Après avoir lu quelques journaux (pratiquement chacun donnait une volumineuse biographie du célèbre médecin défenseur de la patrie), je résolus d’aller chez M. le ministre de l’économie.
Celui-ci, un petit homme malingre d’âge plutôt avancé, grisonnant, des lunettes sur le nez, m’accueillit plus gentiment que je n’aurais pu m’y attendre. Il prit place à son bureau après m’avoir fait asseoir. La table était ensevelie sous de vieux livres aux feuilles jaunies, à la couverture usée jusqu’à la corde.
— Je ne suis pas peu fier, autant vous le dire tout de suite. Vous ne pouvez pas savoir comme je suis content! À votre avis, qu’est-ce que j’ai bien pu découvrir?
— Un moyen qui vous permettra d’améliorer l’économie du pays.
— Vous n’y êtes pas du tout! L’économie? C’est par de bonnes lois qu’on l’améliore. Ce n’est même plus la peine d’y penser.
Je ne sus que répondre. L’air bienveillant, le sourire béat, le ministre me montra un gros volume tout écorné:
— À votre avis, de quelle œuvre s’agit-il?
Je fis comme si c’était en train de me revenir à l’esprit mais il reprit, avec le même sourire béat, en savourant chaque mot:
— L’Iliade d’Homère!… Et dans une édition très, très rare!
Il guettait sur mon visage les signes de l’étonnement.
Pour être étonné, je l’étais, mais pas vraiment pour les mêmes raisons; je fis pourtant semblant d’être émerveillé par la rareté de l’édition.
— Magnifique! déclarai-je.
— Et je ne vous ai pas encore signalé que cette édition est épuisée!…
— Grandiose! m’écriai-je transporté.
Et je me mis aussitôt à examiner le livre en prenant un air bouleversé, passionné par ladite rareté.
C’est à grand peine que je réussis, en harcelant le ministre de questions de toutes sortes, à détourner la conversation de cet Homère, dont je n’avais jamais entendu parler.
— Je prends la liberté, monsieur le ministre, de vous interroger sur ces bonnes lois qui régissent l’économie! dis-je.
— À vrai dire, ce sont des lois classiques. Croyez-moi, aucun pays ne dépense autant que nous pour l’édification de son économie.
— Il le faut bien, dis-je, c’est la base fondamentale du progrès, dans n’importe quel pays.
— C’est exactement ce que j’avais en tête, moi aussi quand j’ai fait élaborer les meilleures lois possible et fait voter le budget le plus élevé possible pour l’édification de l’économie et de l’industrie du pays.
— À combien s’élève le budget, si je peux me permettre, monsieur le ministre?
— L’an passé, sous le ministère précédent, il était inférieur, mais j’ai obtenu, en me démenant beaucoup, qu’on y consacre cinq millions de dinars.
— Pour votre pays, cela devrait suffire!
— Ça peut aller… Et figurez-vous que la loi prévoit aussi la clause suivante: «Le blé et toutes les autres céréales doivent donner lieu aux moissons les plus opulentes.»
— C’est une loi opportune, dis-je.
Le ministre eut un sourire de satisfaction et poursuivit:
— J’ai réorganisé mon administration de sorte qu’il y ait, dans chaque village, un bureau économique de cinq fonctionnaires, dont le plus expérimenté est directeur de l’économie pour ce village. Ensuite, dans chaque chef-lieu d’arrondissement, un agent de l’État, secondé par un grand nombre de fonctionnaires, est chargé de l’économie pour tout l’arrondissement. Au niveau supérieur, il y a les délégués régionaux à l’économie; il y en a vingt en tout, conformément au découpage territorial de notre pays. Chacun de ces délégués régionaux, secondé par ses subordonnés, a toute latitude pour contrôler que tous les autres fonctionnaires remplissent les devoirs de leur charge et œuvrer au renforcement de l’économie dans toute la région. C’est par leur entremise que le ministère (qui a vingt services, chacun dirigé par un chef de service chapeautant de nombreux fonctionnaires) correspond avec l’ensemble de la région. Chaque chef de service correspond avec l’un des délégués régionaux à l’économie, après quoi, par l’intermédiaire de son secrétaire particulier, il rend compte au ministre.
— Quelle terrifiante bureaucratie! fis-je observer.
— Assez imposante en effet. De tous les ministères, c’est le nôtre qui a le plus de dossiers à traiter. Nos fonctionnaires n’ont pas un instant dans la journée pour lever le nez de leurs papiers.
Après une courte pause, le ministre poursuivit:
— J’ai également fait en sorte que chaque village dispose d’une bibliothèque bien organisée, qui doit être fournie en ouvrages de qualité sur l’agriculture, l’entretien des forêts, l’élevage du bétail, l’apiculture et les autres branches de l’économie.
— Les paysans sont certainement enclins à la lecture?
— C’est impératif, tout comme les obligations militaires. Chaque travailleur des campagnes doit passer deux heures le matin et deux l’après-midi à la bibliothèque, où il doit lire (s’il est illettré, on lui fait la lecture); en outre, les fonctionnaires donnent aux paysans des conférences sur la manière contemporaine et rationnelle d’exploiter la terre.
— Mais alors, quand donc travaillent-ils aux champs? demandai-je.
— Je vais vous expliquer. C’est l’impression qu’on a au début. Le processus est lent, à première vue il n’a pas l’air des plus approprié mais plus tard, on verra bien l’effet salutaire de cette vaste réforme. Je suis profondément convaincu que le plus important est de consolider d’abord la théorie, après cela ira tout seul, et alors on verra bien que tout ce temps passé à l’étude théorique de l’économie va nous être rendu au centuple. Il faut, mon cher monsieur, une base solide et un fondement sain avant de construire la maison!
Enfiévré par son discours, le ministre s’épongea le front.
— J’adhère entièrement à ces vues géniales sur l’économie! dis-je avec enthousiasme.
— Et le compte des cinq millions de dinars, tels que je les ai répartis, tombe juste: deux millions pour les salaires des fonctionnaires, un pour les honoraires des auteurs de manuels d’économie, un pour la fondation des bibliothèques et un pour les indemnités journalières des fonctionnaires. Cela fait cinq millions tout rond.
— Quel arrangement magnifique!… Vos dépenses pour les bibliothèques ne sont pas négligeables…
— C’est que, voyez-vous, je viens d’émettre une circulaire ordonnant qu’on les approvisionne aussi en manuels de grec et de latin, en plus de ceux d’économie, de sorte que les paysans, après le travail des champs, puissent s’élever en apprenant les langues classiques. Chaque salle de lecture dispose d’Homère, de Tacite, de Patrocle et de quantité d’autres grandes œuvres de la littérature classique.
— Splendide! m’exclamai-je, les bras au ciel.
Je me levai aussitôt et pris congé de M. le ministre; j’avais la tête farcie de cette vaste réforme, que je ne pouvais pas comprendre.
Servilie (4/12)
Le lendemain, je rendis visite au ministre de la police.
Devant le ministère se tenait une troupe de gardes armés à la mine patibulaire, de fort méchante humeur: cela faisait déjà deux ou trois jours qu’ils n’avaient pas rossé de citoyens, comme l’aurait voulu la coutume de ce pays au régime strictement constitutionnel.
Les couloirs et la salle d’attente étaient bondés de gens qui demandaient à être reçus par le ministre.
Il y avait décidément de tout! Des gens vêtus avec élégance, un haut de forme sur le crâne d’autres couverts de hardes en loques; d’autres encore en uniformes bariolés, le sabre au côté.
Histoire de bavarder un peu avec cette foule hétéroclite, je décidai de ne pas me faire annoncer tout de suite au ministre.
J’engageai d’abord la conversation avec un jeune monsieur distingué qui me confia chercher un emploi dans la police.
— Vous êtes une personne instruite, apparemment; on va certainement vous prendre tout de suite dans l’administration? lui demandai-je.
Ma question le fit sursauter; il se retourna effrayé pour vérifier si quelqu’un d’autre m’avait entendu. Voyant que les gens étaient tous occupés à épiloguer sur leurs propres malheurs, il poussa un soupir de soulagement; de la tête, il me fit signe de parler moins fort et m’entraîna prudemment à l’écart en me tirant par la manche.
— Vous aussi, vous êtes venu chercher un poste? me demanda-t-il.
— Non. Je suis un étranger de passage. J’aimerais m’entretenir avec le ministre.
— Voilà pourquoi vous dites tout haut qu’on va tout de suite me prendre dans l’administration, grâce à mon éducation! murmura-t-il.
— N’est-il pas permis de le dire?
— Si, mais ça me ferait du tort.
— Comment ça, du tort? Pourquoi?
— Parce que dans notre profession, ici chez nous, on ne tolère pas les gens instruits. Je suis docteur en droit, mais je le cache et n’ose le dire à personne: si le ministre l’apprenait, je n’obtiendrais pas de poste. L’un de mes camarades, qui lui aussi a fait des études, a dû présenter un certificat attestant qu’il n’avait jamais rien appris et ne songeait nullement à apprendre quoi que ce soit. On lui a trouvé une place, et une bonne, d’emblée.
Je bavardai encore avec quelques autres personnes, notamment avec un fonctionnaire en uniforme qui se plaignit de n’avoir toujours pas été promu, bien qu’il eût, disait-il, établi la culpabilité pour haute trahison de cinq hommes de l’opposition.
Je le consolai de la si terrible injustice dont il était victime.
Ensuite, je discutai avec un riche négociant qui me parla longuement de son passé. De tout ce qu’il me dit, je n’ai retenu qu’une chose: quelques années plus tôt, alors qu’il tenait le meilleur hôtel d’un bourg de province, la politique avait causé sa ruine – il avait en effet perdu quelques centaines de dinars; mais à peine un mois plus tard, quand son camp était venu au pouvoir, il avait bénéficié de marchés juteux qui lui avaient rapporté gros.
— Là-dessus, fit-il, le gouvernement est tombé.
— Et vous avez de nouveau payé le prix fort?
— Non, je me suis retiré de la politique. Au début, effectivement, je soutenais financièrement le journal de notre parti, mais je n’allais pas voter et je ne cherchais pas spécialement à percer en politique. J’en ai fait bien assez. Les autres ne peuvent pas en dire autant… Et puis je me suis lassé de la politique. À quoi bon passer sa vie à se mettre en quatre? Aujourd’hui, je suis venu prier M. le ministre qu’on m’élise député aux prochaines élections.
— N’est-ce pas plutôt le peuple qui décide?
—Bah, c’est-à-dire… Oui, en principe, c’est le peuple qui décide, c’est ce que dit la Constitution; mais dans la pratique, c’est le bon vouloir de la police qui compte pour être élu.
Après m’être ainsi entretenu à loisir avec le public, je m’approchai de l’huissier et lui dis:
— Je sollicite une audience de M. le ministre.
L’air peu avenant, le préposé me regarda avec suffisance et une pointe de mépris, puis lâcha:
— Attends! Tu ne vois pas combien il y a de gens qui attendent?
— Je suis étranger et ne suis que de passage: je ne puis surseoir! dis-je avec civilité, en m’inclinant devant lui.
Le mot étranger produisit son effet et l’huissier, tout confus, se précipita sur-le-champ dans le bureau du ministre.
Celui-ci m’accueillit aussitôt avec gentillesse et m’invita à m’asseoir. Il va sans dire que j’avais auparavant décliné mon identité.
Sec comme un échalas, le ministre avait un visage dur et revêche, presque rebutant, bien qu’il fît effort pour être aussi aimable que possible.
—Alors, comment vous plaisez-vous chez nous, monsieur? me demanda-t-il en souriant froidement, à contrecœur.
Je couvris son pays et son peuple des éloges les plus flatteurs, puis j’ajoutai:
— Cette grande nation mérite particulièrement d’être félicitée pour sa direction pleine de sagesse et de bon sens. Tout ici est admirable, on n’a que l’embarras du choix!
Ravi de mon compliment, il répondit fièrement:
— Oh, ça pourrait être mieux, mais on fait ce qu’on peut!
— Non, non, monsieur le ministre, sans flagornerie, on ne saurait rêver mieux. Le peuple est très content, très heureux, je le vois bien. En seulement quelques jours, il y a eu tant de célébrations, tant de parades!
— C’est exact, mais de cette bonne disposition des masses il me revient quelque mérite pour avoir réussi à introduire dans la Constitution, en plus de toutes les libertés octroyées au peuple et qui sont totalement garanties, ce qui suit: «Tout citoyen de Servilie doit être d’humeur accorte et gaie; il doit saluer avec joie, en délégations nombreuses et avec force télégrammes, chaque événement d’importance et chaque initiative du gouvernement.»
— Je sais, monsieur le ministre, mais comment ces consignes peuvent-elles être mises en œuvre? demandai-je.
— Très facilement: nul n’est censé ignorer la loi! répondit-il en se donnant un air auguste.
—Fort bien, fis-je, mais s’il devait s’agir d’une chose défavorable au peuple, nuisant à ses intérêts et à ceux du pays? Par exemple, j’ai appris hier de monsieur le président du Conseil qu’on avait fermé la frontière nord à l’exportation des porcs, ce qui, à ce qu’il semble, sera infiniment dommageable au pays.
— C’est exact, mais on ne pouvait pas faire autrement! Il n’empêche que, aujourd’hui ou demain, d’innombrables délégations arriveront de tous les coins de Servilie pour complimenter le président du Conseil de la politique, si éclairée et si subtile, qu’il mène vis-à-vis de nos voisins du nord et amis! dit le ministre avec exaltation.
— Magnifique! On ne peut qu’envier un dispositif si judicieux et je prends moi aussi, en tant qu’étranger, la liberté de vous féliciter sincèrement pour cette loi géniale que l’on doit à vos talents et qui a apporté le bonheur au pays, balayé tous ses soucis et repoussé l’adversité.
— Pour le cas extrême où nos concitoyens oublieraient tant soit peu les obligations que la loi leur impose, j’ai déjà pris des dispositions: à toutes fins utiles, j’ai fait parvenir il y a trois jours à toutes les autorités de police du pays une circulaire confidentielle, par laquelle je leur recommande vivement que, pour l’occasion, les masses viennent aussi nombreuses que possible féliciter le président du Conseil.
— Et si d’ici quelques jours la frontière est réouverte à l’exportation des porcs, que pensez-vous faire? m’intéressai-je poliment.
— Rien de plus simple: j’envoie une deuxième circulaire confidentielle, dans laquelle j’ordonne pareillement à la police de faire en sorte que les masses viennent de nouveau, aussi nombreuses que possible, présenter leurs félicitations. C’est toujours un peu difficile au début, mais les gens s’habitueront petit à petit et finiront par venir d’eux-mêmes.
— Absolument, vous avez raison! répliquai-je à la surprenante réponse du ministre.
— On peut tout faire, monsieur, il suffit de vouloir et d’agir de concert. Nous autres au gouvernement, nous nous entraidons pour que les ordres de chacun des membres du cabinet soient exécutés avec la plus grande rigueur. Voyez-vous, aujourd’hui le ministre de l’instruction publique m’a transmis l’une de ses circulaires, afin que moi aussi je lui prête main forte et que j’ordonne à tous les organes de police, du ressort de mon administration, de se conformer strictement à cette circulaire émise par mon collègue de l’instruction publique.
— Le cas doit être d’importance, je suppose.
— D’extrême importance. Et il doit être traité toutes affaires cessantes. J’ai engagé les démarches nécessaires. Tenez, voyez vous-même.
Il me tendit une feuille de papier que j’entrepris de lire:
«Il s’avère que notre langue est, chaque jour davantage, dénaturée par nos concitoyens, certains allant même jusqu’à oublier la disposition légale selon laquelle “nul ne peut pervertir la langue nationale, ni intervertir l’ordre des mots dans la phrase ou faire usage de certaines formes à l’encontre des règles prescrites et établies, lesquelles sont édictées par une commission spéciale de grammairiens”; le mot rétiveté par exemple, ces concitoyens n’hésitent pas à le prononcer, insolemment et sans vergogne aucune, rétivité. Afin d’éviter que ne se reproduisent de tels phénomènes indésirables, dont les conséquences néfastes pour notre chère patrie peuvent être incalculables, j’ordonne par la présente que le mot rétiveté, qui a été à ce point défiguré, soit placé sous la protection de la force publique et que soit sévèrement punie, conformément à la loi, toute personne qui, de son propre chef, changerait un mot ou un autre, ou encore sa forme grammaticale, sans tenir compte des dispositions légales tout à fait explicites.»
— On peut donc être condamné pour ça? demandai-je complètement stupéfait.
— Naturellement, c’est un délit gravissime. Dans un cas comme celui-là, si la faute est attestée par des témoins, le coupable est passible de dix à quinze jours de prison!
Le ministre se tut un instant, puis il poursuivit:
— Vous devriez y réfléchir, monsieur! Cette loi, qui nous autorise à infliger une peine à tout individu qui ferait un usage non réglementaire des mots ou commettrait des fautes de grammaire, est d’une valeur inestimable, y compris sur le plan financier et politique. Réfléchissez-y, et vous en viendrez au point de vue qui s’impose!
J’eus beau m’absorber dans mes pensées, aucune idée sensée ne me vint à l’esprit. Plus je cogitais, moins je comprenais la signification des propos ministériels et, à vrai dire, moins je savais quel était l’objet de mes cogitations. Tandis que je me creusais vainement les méninges à propos de la curieuse loi en vigueur dans cet encore plus curieux pays, le ministre me regardait avec un sourire satisfait: les étrangers étaient loin d’avoir la rationalité et l’ingéniosité des habitants de Servilie, lesquels avaient su inventer ce qui, n’importe où ailleurs, passerait pour une authentique merveille d’intelligence.
— Alors, vous ne voyez pas? demanda-t-il, souriant, en m’examinant du coin de l’œil.
— Désolé, je ne vois vraiment pas.
— Eh bien, figurez-vous, cette loi fait preuve de la plus grande nouveauté et présente des avantages substantiels pour le pays. En tout premier lieu, les coupables règlent leur amende en espèces, ce qui rapporte à l’État des revenus fort appréciables, qu’il utilise pour combler le déficit des comptes de ses sectateurs, ou pour alimenter les fonds secrets grâce auxquels on récompense les partisans de la politique gouvernementale. Deuxièmement, sous son air innocent, cette loi, en plus des autres moyens à disposition, peut utilement aider le cabinet à trouver sa majorité au parlement, lors des élections législatives.
— Vous dites pourtant, monsieur le ministre, que votre Constitution accorde au peuple toutes les libertés.
— C’est exact. Le peuple a droit à toutes les libertés, ce qui ne veut pas dire qu’il les utilise! C’est-à-dire, en vérité, vous savez, nos nouvelles lois libérales, nous devrions les appliquer; mais disons que, par habitude, nous préférons néanmoins appliquer les anciennes.
Je me risquai à demander:
— À quoi bon, dans ce cas, en avoir promulgué de nouvelles?
— Chez nous, c’est la coutume de changer les lois le plus souvent possible et d’en avoir le plus grand nombre possible. Nous devançons en cela le monde entier. Rien qu’au cours des dix dernières années, quinze constitutions ont été promulguées; chacune a été successivement en vigueur, puis abolie, puis adoptée de nouveau, de sorte que personne ne peut s’y retrouver, nos concitoyens pas plus que nous-mêmes, personne ne peut savoir quels sont les textes applicables et ceux qui ne le sont plus…
Le ministre termina par ces mots :
— Et je prétends, monsieur, qu’en cela réside le génie et la culture d’un peuple!
— Vous avez raison, monsieur le ministre; il ne reste plus aux étrangers qu’à vous envier une si ingénieuse ordonnance.
Je lui fis bientôt mes salutations et sortis dans la rue.
Servilie (3/12)
Je n’eus pas le temps de fermer la porte derrière moi et de retirer tout mon attirail de médailles que j’entendis frapper à la porte. Brisé de fatigue, je comptais m’accorder un peu de répit mais je n’eus guère d’autre choix que de lancer:
— Entrez!
Un homme bourgeoisement vêtu, des lunettes sur le nez, entra dans la pièce. (Il faut garder à l’esprit — je ne voudrais pas avoir à le rappeler constamment — que tout un chacun croulait plus ou moins sous les décorations. Je dois aussi signaler que, sur le chemin de l’hôtel, en compagnie du milicien, j’avais vu se faire traîner en prison un gars qui avait volé des chaussures dans une boutique, et qui lui aussi portait une médaille autour du cou. «Il a la médaille de quoi?» avais-je demandé au sbire. «Du mérite dans le domaine éducatif et culturel!» m’avait-il répondu sérieusement, imperturbable. «Quel genre de mérite?» avais-je insisté. «Voyez-vous, il était cocher de l’ancien ministre de l’instruction publique. Un cocher très doué!» m’avait-il répondu.) Donc, l’homme aux lunettes entra dans la pièce, s’inclina profondément (ce que je fis également, cela va de soi) et se présenta comme un haut fonctionnaire du ministère des relations extérieures.
— Enchanté! dis-je, étonné par cette visite d’importance à laquelle je ne m’attendais pas.
— C’est la première fois que vous venez dans notre pays, monsieur? me demanda-t-il.
— La première, en effet.
— Vous êtes étranger?
— Étranger, en effet.
— Vous tombez à pic, croyez-moi! s’exclama le haut fonctionnaire enthousiasmé.
J’en fus passablement déconcerté.
— L’un de nos postes de consul est vacant. En l’acceptant vous auriez, et c’est l’essentiel, un bon salaire et de bonnes indemnités de représentation, qu’évidemment vous utiliseriez pour vos dépenses personnelles. Vous êtes un homme d’âge mûr et d’expérience, la charge vous serait facile — propagation de notre idéal national dans les régions où notre peuple vit sous administration étrangère… Vous arrivez à point nommé, comme sur commande; cela fait plus d’un mois que nous nous démenons pour trouver la personnalité qui convient à cette tâche importante. Aux autres postes, grâce à Dieu, nous avons des étrangers: des Juifs, des Grecs, des Tsintsares (d’où sortent-ils, je vous le demande)… Et de quelle nationalité êtes-vous, si je peux me permettre?
— C’est-à-dire, moi, à la vérité, comment vous expliquer, je ne le sais toujours pas!… répondis-je, honteux.
J’avais à peine commencé de lui raconter la triste histoire de ma famille qu’il m’interrompit, applaudissant à tout rompre, et se mit à danser dans toute la pièce. Transporté d’allégresse, il déclara:
— Magnifique, magnifique!… Impossible de trouver mieux!… Vous ne pourrez que vous acquitter consciencieusement de cette mission sacrée. Je vais immédiatement chez M. le ministre et vous pourrez vous mettre en route d’ici quelques jours!…
Sur ce, le haut fonctionnaire partit précipitamment prévenir son ministre de son importante découverte.
Dès qu’il eut tourné les talons, je m’assis et me pris la tête entre les mains. Tout ce que j’avais vu jusque là dans ce pays, était-ce vraiment vrai? Je n’arrivais absolument pas à le croire. Là-dessus, on frappa de nouveau à la porte.
— Entrez!
Un autre monsieur, lui aussi élégamment vêtu, entra dans ma chambre; lui aussi se présenta comme haut fonctionnaire d’un ministère. Il me dit qu’une importante affaire l’amenait, et ce sur ordre de M. le ministre; en réponse, je lui exprimai l’immense plaisir et la chance exceptionnelle que j’avais d’être ainsi honoré.
— Vous êtes étranger?
— Étranger, en effet.
Plein de considération à mon égard, il s’inclina humblement jusqu’à terre. Il allait reprendre la parole quand je l’arrêtai en ces termes:
— Dites-moi monsieur, je vous prie: comment s’appelle votre pays?
— Vous ne savez pas? s’exclama-t-il, les yeux pleins d’une considération et d’une humilité plus grandes encore.
Reculant d’un pas, il ajouta:
— La Servilie!
«Quel curieux hasard, le sublime et noble pays de mes ancêtres portait le même nom!» pensai-je, mais je ne dis rien et lui demandai plutôt:
— En quoi puis-je vous être utile, cher monsieur?
— On vient de créer le nouveau poste de directeur des domaines, et j’ai l’entière liberté de vous prier, au nom de M. le ministre, d’accepter cette haute et patriotique responsabilité… Je suppose que vous avez déjà occupé plusieurs fois des fonctions gouvernementales?
— Jamais.
— Jamais! s’exclama-t-il interloqué. Alors une autre position de haut rang, donnant droit à plusieurs salaires?
— Jamais.
Le haut fonctionnaire en resta bouche bée. Ne sachant que faire face à ce cas unique, il s’excusa de m’avoir dérangé, dit qu’il allait informer M. le ministre de notre conversation et s’en fut.
—
Dès le lendemain, on parlait de moi dans tous les journaux. L’un d’entre eux publiait la dépêche suivante:
«Un homme prodige. Depuis hier, séjourne en notre bonne ville un étranger qui, bien qu’âgé maintenant de soixante ans, n’a jamais de toute sa vie été ministre, ni obtenu une seule décoration, ni occupé la moindre fonction dans l’administration, ni touché les plus petits émoluments. C’est vraiment un cas unique au monde. D’après nos informations, cet homme prodige s’est installé à l’hôtel Notre chère patrie qui a tant souffert. Selon les nombreuses personnalités qui lui ont rendu visite hier, il ne se distingue en rien du commun des mortels. Nos chers lecteurs ne manqueront pas d’être vivement intéressés par la vie de ce personnage énigmatique, sur lequel nous nous efforçons d’en apprendre le maximum. Nous tâcherons aussi, dans la mesure du possible, de publier sa photographie dans nos pages.»
Un autre journal rapportait à peu près la même chose, et ajoutait:
«Par ailleurs, nous savons de source sûre que cet homme étrange est également chargé d’une importante mission de nature politique.»
La gazette du gouvernement, quant à elle, démentait poliment ces nouvelles:
«Les stupides journaux d’opposition, en pleine divagation, inventent diverses contre-vérités et répandent partout des rumeurs alarmantes: un étranger d’une soixantaine d’années serait arrivé dans notre pays qui, toujours selon ces abrutis, n’aurait jamais été ni ministre ni fonctionnaire de l’État, et n’aurait jamais non plus reçu la moindre décoration. Seuls les cerveaux bornés, indigents et ramollis des collaborateurs de la presse d’opposition peuvent concevoir pareilles élucubrations, complètement invraisemblables, et les propager dans l’intention de nuire. Mais leur manœuvre fera long feu car, heureusement, ce cabinet est aux affaires depuis une semaine déjà sans que sa position n’ait été ébranlée une seule fois, contrairement à ce que voudraient ces idiots de l’opposition.»
Suite à ces billets publiés dans la presse, les gens commencèrent à se rassembler autour de mon hôtel. Ils restaient plantés là à regarder, ahuris, si les uns s’en allaient d’autres arrivaient, de sorte que l’auberge était constamment cernée par toute une meute de badauds. Les vendeurs de journaux et cahiers y tournicotaient en criant à tue-tête:
— Demandez notre nouveau roman Un drôle de type, premier épisode!
— Demandez notre nouveau livre Les Aventures d’un vieux sans médailles!
Il y avait pléthore de cahiers du même acabit.
Une gargote alla même jusqu’à se rebaptiser avec ostentation L’homme prodige et fit peindre sur un grand panneau un homme ne portant aucune décoration. La foule commença à s’attrouper autour du monstre; la police, naturellement, ne savait plus où donner de la tête: dans l’intérêt de la morale publique, elle frappa d’interdiction l’indécent portrait.
Le jour suivant, je dus changer d’hôtel. Il me fallait avoir digne allure pour marcher dans la rue, aussi m’affublai-je de quelques-unes de mes décorations, et aucun passant ne me prêta attention.
En tant qu’étranger, j’eus la possibilité de faire immédiatement la connaissance des ministres et des personnalités en vue et j’eus tôt fait d’en savoir long sur tous les secrets d’État.
Bientôt, j’eus également l’honneur de rencontrer, dans leur bureau, tous les membres du gouvernement.
Le premier auquel je rendis visite fut le ministre des relations extérieures. À l’instant même où je me retrouvai dans l’antichambre, où un certain nombre de gens espéraient qu’on leur accorderait audience, l’huissier annonça en criant à pleins poumons:
— M. le ministre ne peut recevoir personne, il s’est allongé sur son divan pour faire un petit somme!
Le public se dispersa et je m’approchai de l’huissier:
— Si c’est possible, faites savoir à M. le ministre qu’un étranger le demande.
Dès qu’il entendit le mot étranger, il s’inclina poliment. Puis il entra dans le cabinet du ministre.
La porte à deux battants s’ouvrit aussitôt et y apparut un petit homme bedonnant et grassouillet, qui me salua d’un air godiche, mais avec le sourire, et m’invita à entrer.
Le ministre me fit asseoir dans un fauteuil, s’installa en face de moi, croisa les jambes, flatta avec contentement sa bedaine et entama la conversation:
— Je me réjouis fort de votre visite, monsieur, j’ai beaucoup entendu parler de vous… Voyez-vous, j’étais sur le point de m’allonger pour faire une petite sieste… Que faire d’autre?… Je n’ai pas de travail, je ne sais simplement pas quoi faire de tout mon temps.
— En quels termes êtes-vous avec les pays voisins, monsieur le ministre, si je peux me permettre de vous poser cette question?
— Heu! comment dire… En bons termes, en bons termes, en tout cas… Pour être franc, je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’y réfléchir; mais, à tout prendre, nous sommes en très bons termes, très bons… Rien de fâcheux ne nous est arrivé, saut qu’au nord on nous a bloqué l’exportation des porcs[1] et qu’au sud les Anoutes attaquent et pillent nos villages depuis le pays voisin… Mais ce n’est rien… Ce sont des broutilles.
— C’est dommage pour l’exportation des porcs, fis-je remarquer poliment. J’ai entendu dire que vous en aviez beaucoup dans votre pays…
— Oui, oui, Dieu merci, il y en a pas mal, mais on ne va pas s’en plaindre; on les mangera ici, tous ces cochons, ils nous coûteront moins cher. Après tout, que se passerait-il si nous n’en avions pas du tout?… Il faudrait pourtant bien vivre! me répondit-il, placide.
Au cours de notre conversation, il me raconta qu’il était spécialiste des eaux et forêts mais qu’il lisait désormais volontiers des articles sur l’élevage du bétail: il pensait se procurer quelques vaches et élever des veaux, dont on pouvait tirer un bon revenu.
— Dans quelle langue lisez-vous le plus souvent? demandai-je.
— Ma foi, dans la nôtre. Je n’en aime aucune autre, je n’ai pas voulu en apprendre une seule. D’ailleurs le besoin pour moi de connaître une langue étrangère ne s’est jamais fait sentir. Ce n’est pas la peine, spécialement dans la fonction que j’occupe; et si par extraordinaire les circonstances devaient l’exiger, il serait facile de faire venir des experts de l’étranger.
Ne sachant que faire d’autre, j’approuvai ces idées si pénétrantes et si originales:
— Absolument!
— Au fait, aimez-vous les truites? me demanda-t-il après un assez long silence.
— Je n’en ai jamais mangé.
— Quel dommage, c’est un poisson délicieux. Une vraie délicatesse. Un ami m’en a donné quelques pièces hier, de qualité exceptionnelle…
Nous restâmes encore quelque temps à deviser ainsi gravement, après quoi je m’excusai de l’avoir dérangé – ma visite avait peut-être surpris M. le ministre alors qu’il traitai une importante affaire d’État – et pris congé.
Il me raccompagna gentiment jusqu’à la porte.
[1] Allusion au long conflit douanier entre la Serbie et l’Autriche-Hongrie, qui culmina lors de la «guerre des cochons» de 1906–1911. Ce conflit manifestait notamment l’hostilité de Vienne aux tendance russophiles de la politique serbe. (N.d.T.)
Servilie (2/12)
Sur la gauche, au bord de l’eau, non loin de l’endroit où j’avais débarqué, je remarquai une formidable pyramide de marbre, sur laquelle étaient gravées des lettres d’or. Je m’approchai, avide d’en savoir plus, m’attendant à y lire les noms des vaillants héros dont m’avait parlé mon père. Mais là quelle ne fut pas ma surprise! L’inscription gravée dans le marbre disait:
«D’ici vers le nord s’étend le territoire d’un peuple glorieux et comblé auquel Dieu tout-puissant a fait don d’une chance inouïe: dans sa langue, à la fierté du pays et de la nation, k devant i se transforme toujours en c, et ce en totale conformité avec les règles de grammaire.»[1]
J’eus beau lire et relire, j’en restai stupéfait: qu’est-ce que tout cela pouvait bien vouloir dire? Et le plus incroyable, c’est que les mots étaient écrits dans ma langue maternelle.
«Oui, c’est bien la langue de mon père, celle de ses aïeux, la mienne aussi, mais ce pays n’est pas le bon; il n’a rien à voir avec celui dont me parlait mon père.» J’étais intrigué que ce fut la même langue, mais je me dis qu’il s’agissait peut-être de deux peuples éloignés ayant une origine commune, de deux peuples frères parlant le même idiome sans pour autant se connaître l’un l’autre. Peu à peu, mon étonnement céda devant la fierté que ma langue maternelle possédât elle aussi, par pur hasard, cette même admirable caractéristique.
Je passai la forteresse et enfilai la rue menant en ville pour aller me reposer de ma longue marche dans quelque hôtel. Je chercherais ensuite du travail et, grâce à l’argent gagné, pourrais poursuivre ma route en quête de ma patrie.
A peine avais-je fait trois pas qu’une foule commença subitement de s’attrouper autour de moi comme si j’étais une bête de foire. Vieux et jeunes, hommes et femmes, on se pressait, se poussait, se bousculait, se hissait sur la pointe des pieds pour me voir du mieux possible. Pour finir, il y eut tant de monde que la rue fut barrée et la circulation interdite.
Je fus émerveillé par ces inconnus qui me dévisageaient avec curiosité. Chacun jusqu’au dernier arborait décorations et écharpes. Il y avait bien quelques pauvres qui n’en possédaient qu’une ou deux mais, ceux-là mis à part, ils en étaient tellement bardés qu’on ne voyait même plus leur habit. Certains en avaient trop pour les porter toutes: ils traînaient derrière eux une carriole pleine de récompenses pour leurs états de service, de médailles en forme d’étoile, de rubans, de marques de distinction en tout genre.
C’est tout juste si je pouvais avancer à travers cette foule d’individus couverts de gloire qui m’entouraient et se bousculaient pour s’approcher de moi. Il y eut même des disputes, on fit des reproches à ceux qui restaient trop longtemps près de moi:
— Bon, ça va maintenant, vous avez assez regardé, laissez-nous passer qu’on puisse voir un peu, nous aussi.
Le premier qui s’était suffisamment rapproché se dépêchait d’engager aussitôt la conversation, histoire de ne pas être refoulé par un autre quidam.
Ébahis, ils posaient encore et toujours les mêmes questions, c’en était assommant:
— Tu viens d’où?… T’as pas de décorations?…
— Je n’en ai pas.
— T’as quel âge?
— Soixante ans.
— Et t’as pas encore une seule médaille?
— Pas une seule.
Des voix s’élevèrent dans la foule, pareilles à celles des montreurs de foire exhibant leurs créatures:
— Écoutez-moi ça, bonnes gens: un type de soixante ans, et pas la plus petite décoration!
Bousculade, tapage, vacarme, cohue ne firent que grandir. Affluant de toutes parts, les gens tentaient des percées à travers la foule pour me voir. Ils en vinrent finalement à se battre; la police dut intervenir pour ramener l’ordre.
Avant que la bagarre n’éclate, j’avais moi aussi interrogé les uns et les autres pour savoir quels étaient les mérites auxquels ils devaient leurs décorations.
L’un me déclara que son ministre l’avait distingué car il avait rendu à la Patrie des services exceptionnels et s’était sacrifié pour elle: il avait administré de fortes sommes d’argent appartenant à l’État pendant toute une année, et il n’y avait dans la caisse, au moment de l’inspection des comptes, que deux mille dinars de moins que ce qui aurait dû s’y trouver. On disait qu’il n’avait pas volé sa médaille, car il aurait pu tout dilapider si sa noblesse d’âme et son patriotisme ne l’en avaient empêché.
Un autre avait été décoré pour avoir surveillé pendant un mois entier des entrepôts d’Etat dont aucun n’avait brûlé.
Un troisième l’avait été pour avoir remarqué et constaté le premier que, chose intéressante, le mot livre se termine par e et commence par l.
Une cuisinière avait été récompensée pour n’avoir dérobé, en cinq ans de service dans une riche maison, que quelques objets en argent ou en or.
Un autre encore avait reçu une décoration parce que, après avoir causé un lourd déficit, il ne s’était pas suicidé comme l’exigeait le stupide modèle de l’époque mais, au contraire, s’était exclamé avec morgue devant le tribunal:
— J’ai mis en pratique mes propres vues, mes propres idées, tel est mon regard sur le monde, et vous, vous me jugez. Me voici! (À ce moment précis, il s’était frappé la poitrine et avait avancé d’un pas.)
Celui-là, je crois, avait eu la médaille du courage civique. (Et il ne l’avait pas volée!)
Un grand-père devait sa décoration au fait qu’il avait atteint son grand âge sans mourir pour autant.
Un autre encore avait été distingué pour s’être enrichi en moins de six mois, en fournissant à l’État du blé de mauvaise qualité et toutes sortes d’autres marchandises.
Un riche héritier avait été récompensé pour n’avoir pas dilapidé le patrimoine familial et avoir fait don de cinq dinars aux œuvres de bienfaisance.
Comment tout retenir! Je ne me rappelle, pour chacun, qu’un seul de ses titres de dignité, les énumérer tous serait impossible.
Quand, donc, ils en vinrent à se disputer et à se battre, la police entreprit de disperser la foule, tandis qu’un individu, qui avait tout l’air d’un kmet, ordonnait de faire avancer un fiacre. On m’y fit monter; un cordon de sbires armés se tenait tout autour pour repousser les gens. L’individu susdit s’installa à côté de moi et nous nous mîmes en route; arrivant de toutes parts, une marée humaine courait derrière nous.
La voiture s’arrêta devant une vaste maison basse, à moitié délabrée.
— Mais on est où maintenant? demandai-je à ce kmet (du moins est-ce ainsi que je l’appelle), qui avait procuré la voiture et y avait pris place avec moi.
— C’est notre hôtel de police.
En descendant du fiacre, je vis deux types qui se battaient juste devant la porte du bâtiment. Tout autour, des sbires en armes restaient là à observer la rixe; le chef de la police et tous les autres fonctionnaires profitaient aussi du spectacle.
— Pourquoi se battent-ils? demandai-je.
— Tels sont les ordres: tout esclandre doit se dérouler ici, sous les yeux des forces de l’ordre. Vous savez ce que c’est, hein! M. le chef et ses subordonnés ne vont quand même pas se fatiguer à cavaler dans tous les coins! Pour nous, c’est plus simple comme ça, et plus facile à contrôler. Si deux gars veulent régler un différend à coups de poing, ils viennent ici. Ceux qui font un esclandre sur la voie publique, en un lieu non prévu à cet effet, nous sommes obligés de les sanctionner.
Le chef, un gros bonhomme aux moustaches grisonnantes, sans barbe, pourvu d’un triple menton, faillit s’évanouir d’ahurissement en me voyant. Ayant recouvré ses esprits, il articula:
— Mais d’où tu sors, toi, bon Dieu?…
Puis, les bras ballants, il se mit à m’observer sous toutes les coutures.
Celui qui m’avait accompagné échangea quelques mots à voix basse avec lui; sans doute venait-il au rapport pour l’informer de tout ce qui s’était passé. Le chef se rembrunit et me demanda d’un ton aigre:
— D’où tu sors? Réponds!
J’entrepris de tout lui conter par le menu, qui j’étais, d’où j’étais, où j’allais, ce qui l’énerva passablement; il cria:
— Ça va, ça va, épargne-moi ton baratin, venons-en au fait: comment oses-tu te promener dans cet appareil en pleine rue et en plein jour?
Je me regardai devant, derrière — ma mise n’avait-elle pas quelque chose d’anormal? — mais je ne remarquai rien. J’avais arpenté la terre entière dans cette tenue et personne nulle part ne m’avait sommé de répondre à une questi pareille.
— Je te cause! T’as perdu ta langue? vociféra-t-il avec la courtoisie, conforme au règlement, qui caractérise la police de ce pays.
Il tremblait de colère.
— Je vais t’expédier en prison pour avoir provoqué un esclandre en un lieu non prévu à cet effet et avoir, par ta bêtise, ameuté tout le quartier.
— Je ne comprends rien, monsieur; en quoi ai-je bien pu faire tant de mal? fis-je effrayé.
— À ton âge, ne pas savoir ce que même les gamins des mes savent déjà… Je te le demande encore une fois: comment oses-tu déambuler en ville dans cet accoutrement et troubler l’ordre public, qui plus est en un lieu non prévu à cet effet?
— Je me tiens comme il faut.
—Tu es maboul, oui! À ton âge… Ha ha, il se tient comme il faut… Et elles sont passées où, tes décorations?
— Je n’en ai pas.
— Tu mens, vieille canaille!
— Je n’en ai pas, je le jure!
— Aucune?
— Aucune.
— Tu as quel âge?
— Soixante ans.
— Et aucune décoration en soixante ans? Mais tu l’as passée où, ta vie? Sur la Lune ou quoi?
— Je n’ai aucune décoration, je le jure sur tout ce que j’ai de plus cher en ce bas monde!
Le chef en resta sidéré. Bouche bée, les yeux écarquillés, il me dévisagea sans pouvoir articuler un mot.
Une fois à peu près remis de sa stupéfaction, il enjoignit aux nouvelles recrues d’aller chercher au plus vite une dizaine de décorations.
De la pièce attenante, on en apporta aussitôt toute une provision, médailles, écharpes, insignes en forme d’étoiles ou à porter autour du cou.
Le chef donna des ordres et, en un rien de temps, on m’accrocha deux ou trois étoiles, on me ceignit d’une écharpe on me suspendit trois ou quatre décorations autour du cou, on m’en épingla quelques-unes au manteau, à quoi on ajouta encore une vingtaine de médailles diverses et autres insignes commémoratifs.
Satisfait d’avoir trouvé le moyen d’éviter plus ample scandale, le chef s’exclama:
—Ah, ça va mieux! Voilà qui ressemble à peu près à quelqu’un de normal… Pas comme l’espèce de monstre qui a débarqué tout à l’heure et m’a semé la panique dans toute la ville…
S’adressant à moi, il termina par la question:
— Et je parie que tu ne savais pas qu’aujourd’hui, en plus, nous avons une célébration?
— Je l’ignorais.
— Bizarre! fit-il un peu vexé.
Il se tut quelques instants avant de poursuivre:
— Mon cheval, celui que je monte régulièrement, est né il y a cinq ans, jour pour jour. Ce matin, nos concitoyens les plus éminents m’ont présenté leurs félicitations; ce soir vers neuf heures, flambeau en main, on escortera mon cheval à travers la ville; après quoi un bal aura lieu dans le meilleur hôtel de la place, auquel seront admis les notables les plus influents.
Je faillis à mon tour en rester sidéré mais, afin qu’il ne remarquât rien, je me ressaisis et m’avançai pour lui adresser moi aussi mes compliments:
— Pardonnez-moi de n’avoir pas été au courant de ce jour solennel; je regrette infiniment de n’avoir pu vous congratuler en temps utile, alors voilà, je le fais maintenant.
Il me remercia de tout son cœur des sincères sentiments que je nourrissais à l’égard de son fidèle cheval, et ordonna aussitôt qu’on me servît quelque chose.
On m’offrit du vin et des gâteaux, puis je saluai le chef et m’en fus avec un milicien (qu’il avait chargé de m’accompagner à mon hôtel); paré de mes étoiles et de mes médailles, je pus marcher tranquillement dans la rue, sans provoquer ni attroupement ni tapage, ce qui n’aurait pas manqué d’arriver si je m’étais de nouveau aventuré sans décorations.
Le milicien me conduisit à l’hôtel Notre chère patrie qui a tant souffert. Le tenancier me donna une chambre où j’allai me reposer. J’avais hâte de me retrouver seul pour ta remettre des impressions étranges que ce pays m’avait d’emblée laissées.
[1] Règle d’alternance consonantiqueen serbo-croate. (N.d.T.)
Servilie (1/12)
J’ai lu dans un vieux bouquin une bien curieuse histoire. Dieu seul sait d’où je tiens ce livre datant d’une drôle d’époque: il y avait alors quantité de lois libérales, mais pas la moindre liberté; on dissertait sur l’économie, on lui consacrait des livres, mais on laissait les terres en jachère; le pays tout entier moralisait à qui mieux mieux, mais n’avait aucune morale; chaque foyer gardait au grenier ses provisions de logique, mais n’avait pas une miette de bon sens; on parlait à tout bout de champ d’épargne et de prospérité, mais on gaspillait à tous vents; et le dernier usurier, le dernier vaurien pouvait s’acheter pour quelques sous le titre d’«ardent défenseur de la nation et de la patrie».
L’auteur de cette curieuse histoire, de ces notes de voyage – de quel genre littéraire il peut bien s’agir, strictement parlant, je l’ignore, et je ne me suis pas risqué à le demander aux experts: il ne fait aucun doute qu’ils auraient, selon notre bonne vieille habitude serbe, transmis le dossier pour avis à la chambre des requêtes de la Cour de cassation. Soit dit en passant, ce n’est pas une mauvaise habitude. Il y a des gens qui sont obligés de penser, c’est leur métier, ils n’ont rien d’autre à faire; grâce à quoi, le commun de mortels n’a plus à s’en soucier. L’auteur, donc, de cette curieuse histoire, ou de ces notes de voyage, commençait par ces mots:
«J’ai passé cinquante années de ma vie à voyager de par le monde. J’ai vu un nombre incalculable de villes, de villages, de pays, d’hommes et de peuples, mais rien ne m’a plus étonné qu’une petite tribu vivant dans une merveilleuse et paisible contrée. Je vais vous parler de cette heureuse tribu, bien que je sache par avance que personne ne voudra me croire, ni maintenant ni jamais, même après ma mort, si ces lignes devaient tomber entre les mains de quelqu’un…»
Quel vieux roublard! En commençant précisément de la sorte, il m’a forcé à lire son histoire jusqu’au bout et maintenant, naturellement, j’ai envie de la raconter à mon tour. Mais n’allez pas considérer qu’en disant cela je cherche à vous convaincre! Je préfère le déclarer tout de suite, dès le début, très franchement: cette histoire ne vaut pas la peine d’être lue, et puis cette vieille barbe (enfin, cette espèce d’écrivain) ment sur toute la ligne. Pourtant, comble de bizarrerie, je crois à ses mensonges comme à la plus haute vérité.
Voici donc comment il poursuivait son récit.
—
Il y a bien longtemps, mon père fut gravement blessé au combat. On le fit prisonnier et on l’emmena hors de sa patrie en terre étrangère, où il épousa une jeune compatriote d’une famille d’esclaves de guerre. Je naquis de cette union mais mon père mourut alors que j’avais à peine neuf ans. Il évoquait souvent devant moi sa terre natale, les héros et les sublimes figures dont elle fourmillait; leur patriotisme ardent et leurs guerres sanglantes pour la liberté; leurs vertus et leur probité; leur sens du sacrifice pour le salut du pays où tout, sans oublier sa propre vie, s’offrait sur l’autel de la patrie. Il me parlait du noble et glorieux passé de notre peuple. À sa mort, il me transmit ses dernières volontés: «Fils, la mort ne m’aura pas permis de rendre l’âme dans ma chère patrie, le sort n’aura pas voulu que ma dépouille repose dans cette terre sacrée que j’ai arrosée de mon sang pour qu’elle puisse être libre. Mon malheureux destin n’aura pas laissé la flamme de la liberté m’apporter sa chaleur sur ma terre natale tant aimée, avant que mes yeux ne se ferment. Mais mon âme est en paix, car cette flamme t’apportera sa lumière, à toi, mon fils, et à vous tous, nos enfants. Pars, fils, embrasse cette terre sacrée quand tu y poseras le pied; va et aime-la, et sache que de grandes œuvres attendent notre valeureuse nation; va et, en hommage à ton père, fais bon usage de la liberté, et n’oublie pas que mon sang, le sang de ton père, a arrosé cette terre, comme l’a fait pendant des siècles le noble sang de tes vaillants et glorieux ancêtres… »
A ces mots, il m’embrassa. Je sentis ses larmes goutter sur mon front.
— Pars, fils, que Dieu te…
Sur cette phrase inachevée, mon cher père rendit son dernier soupir.
Un mois ne s’était pas écoulé depuis sa mort que, une besace à l’épaule et un bâton à la main, je partis dans le vaste monde à la recherche de ma glorieuse patrie.
Cinquante années durant, je voyageai en terre étrangère, parcourant le globe, mais rien, nulle part, ne ressemblait au valeureux pays dont m’avait tant de fois parlé mon père.
Au cours de mon périple, pourtant, je découvris par hasard une contrée captivante, dont je vais maintenant vous parler.
C’était un jour d’été. Le soleil brûlait à vous en faire bouillir le cerveau, la canicule écrasante me faisait tourner la tête; tenaillé par la soif, les oreilles bourdonnantes, les yeux battus, c’est à peine si je voyais encore clair. La poussière du chemin couvrait mon habit, déjà en loques, et se collait à la sueur qui me dégoulinait sur tout le corps. Je marchais, fatigué, quand soudain j’aperçus devant moi, à une demi-heure de marche, la tache blanche d’une ville arrosée par deux cours d’eau. Me sentant une force nouvelle, j’oubliai mon état d’épuisement et accélérai l’allure. J’atteignis le rivage. Deux larges rivières s’écoulaient tranquillement et baignaient de leurs eaux les murailles de la cité.
Je me souvins que mon père m’avait raconté quelque chose à propos d’une ville célèbre, où les nôtres avaient abondamment versé leur sang, et ce qu’il m’en avait dit me revint comme dans un rêve: elle avait une position tout à fait similaire, au confluent de deux amples rivières.
Sous le coup de l’émotion, mon cœur bondit; j’ôtai mon couvre-chef; une brise tout droit venue des monts rafraîchit mon front en sueur. Levant les yeux au ciel, je tombai à genoux et m’exclamai à travers mes larmes:
— Dieu tout-puissant! éclaire-moi, écoute la prière de l’orphelin qui erre dans le vaste monde à la recherche de sa patrie, à la recherche de la terre où a vécu son père…
Un vent léger soufflait toujours des montagnes bleutées qu’on apercevait au loin, mais le ciel se taisait.
— Dis-moi, toi cher vent qui souffle de ces montagnes bleutées, sont-elles celles de ma patrie? Dites-moi, vous chères rivières, est-ce le sang de mes ancêtres que vous lavez des orgueilleux remparts de cette fière cité?
Tout était muet, tout se taisait, mais c’était comme si un tendre pressentiment, une voix secrète me disait:
— C’est le pays que tu as tant cherché!
Tout à coup, un murmure me fit dresser l’oreille. Sur la rive, à peu de distance, j’aperçus un pêcheur. Il avait amarré sa barque et radoubait ses filets. Dans ma douce exaltation, je ne l’avais pas remarqué. Je m’approchai et lui souhaitai le bonjour.
Il me regarda sans un mot mais détourna aussitôt les yeux pour se remettre à l’ouvrage.
— Quel est donc le pays qu’on voit là-bas, de l’autre côté du fleuve? demandai-je, tout tremblant d’impatience en attendant sa réponse.
Il eut un geste comme pour dire «Qu’est-ce que j’en sais moi!», mais finit par lâcher du bout des lèvres:
— Oui, il y a bien un pays là-bas!
— Et il s’appelle comment?
— Ça, je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a un pays, mais je n’ai pas demandé son nom.
— Et tu viens d’où, toi? insistai-je.
— Bah, chez moi, c’est là-bas, à une demi-heure d’ici. C’est là que je suis né.
«C’est bizarre, ce ne doit pas être le pays de mes ancêtres, ce ne doit pas être ma patrie» me dis-je en mon for intérieur, avant de lui demander tout haut:
— Alors, tu ne sais vraiment rien sur ce pays? Qu’est-ce qu’on en dit? Rien de particulier?
Le pêcheur réfléchit puis lâcha ses filets. On avait l’impression que quelque chose lui revenait en mémoire. Après un long silence, il dit:
— Il paraît qu’il y a pas mal de porcs, dans ce pays.
— Il n’est connu que pour ça? demandai-je étonné.
— Pour ses âneries aussi, mais ça ne m’intéresse pas tellement! fit-il, impassible, avant de se remettre à remmailler ses filets.
Ne trouvant pas sa réponse très limpide, je l’interrogeai de nouveau:
— Quel genre d’âneries?
— Tous les genres possibles, répondit-il blasé, en étouffant un bâillement.
— Alors comme ça, des porcs et des âneries! Tu n’as entendu parler de rien d’autre?
— À part les cochons, on dit qu’ils ont beaucoup de ministres, qui à la retraite, qui en disponibilité, mais ils ne les exportent pas à l’étranger. Ils n’exportent que leurs cochons.
Imaginant que le pêcheur se fichait de moi, je m’énervai:
— Arrête tes boniments! Tu me prends pour un imbécile?
— Si tu me paies, je t’emmène sur l’autre rive, comme ça tu pourras voir par toi-même. Ce que je te raconte, je l’ai entendu dire. Je n’ai pas été là-bas, moi, je ne sais pas tout ça de source sûre.
«Impossible que ce soit le pays de mes illustres ancêtres, si célèbre pour ses héros, ses exploits et son brillant passé» me dis-je. Cependant, le pêcheur avait éveillé ma curiosité par ses réponses étranges à mes questions, et je résolus donc d’aller voir aussi ce pays-là – n’en avais-je pas déjà vu tant d’autres au cours de mon périple! Je fis affaire avec lui et pris place dans sa barque.
Il rama jusqu’au rivage, empocha la somme dont nous étions convenus et, après que j’eus mis pied à terre, t’en retourna dans son esquif.
Danga
Kam pa nji andërr të tmershme. Nuk habitem për andrrën vetë, por habitem se si kam pasë guxim me andrrue gjana të tmershme, mbasi edhe unë jam qytetar i urtë dhe i vyeshëm, fëmi i mirë i kësaj nane të shumvuejtun dhe të dashtun Sërbi, si gjithë fëmijt tjerë të saj. Hajt, po thom, se unë baj përjashtim prej tjerëve, por jo, bre vlla, edhe unë punoj gjithshka fije e për pe si tjerët dhe sillem me aq kujdes sa nuk më gjindet shoqi. Njiherë pashë në rrugë nji pullë të këputun prej uniformës policore, ia ngula syt shkëlqimit të saj magjik dhe taman deshta të kaloj, mbushun plot mendime t’ambla, kur qe, menjiherë m’u dridh dora vetë dhe u çue kah kapela; koka e ime u përul vetë kah toka, kurse goja m’u zgjanue me nji buzëqeshje të kandshme, me të cilën, zakonisht, na të gjithë, nderojmë atë që asht ma i madh.
— Bash kam gjak fisnik ndër dej dhe asgja tjetër! — mendova në kët çast dhe me përbuzje shiqova nji lahper i cili mu atëherë kaloi dhe nga moskujdesija shkeli pullën.
— Lahperi! — thashë me zemrim dhe pshtyna, vazhdova të shetis i qetë, i ngushlluem me vehte se lahpera si ky gjinden shum pak dhe më vinte shum mirë që perëndija më dha zemër të mirë dhe gjak fisnik e kreshnik të të parëvet tonë.
Qe tash po shihni se sa njeri i mirë jam, se si nuk dallohem asnji thërrimë prej qytetarëve tjërë të vyeshëm dhe prandej do të habiteni edhe ju vetë se si m’u shtinë n’andërr bash mue gjana të tmerrshme dhe të marra.
At ditë nuk më ndodhi kurrgja e jashtëzakonshme. Hangra darkë mirë dhe mbas darkës dlira dhambët, piva pak venë dhe mandej, mbasi përdora me guxim dhe ndërgjegje të gjitha të drejtat e mija qytetare, rashë në shtrat dhe mora librin që natyrisht, e përmbushi dëshirën time dhe unë fjeta si qingj me ndërgjegje të qetë, sepse kisha krye plotsisht të gjitha detyrat e mija.
Menjiherë u gjeta në nji rrugë të ngushtë, bregore dhe të ndytë. Natë e ftoftë, e errët. Era fishkullon nëpër gemba të çveshun dhe thuese të pret, kur të rrahë në lëkurë cullak. Qielli asht i errët i tmerrshëm e memecë dhe bora e imtë t’i mbyllë syt dhe të bie fytyrës. Asnji frymarë nuk shihej kund. Nxitoj përpara dhe rrëshas rrugës së ndytë majtas, e djathtas. Merrsha në thue, rrëxohesha dhe tekembramja humba rrugën. U enda kështu kot, Zoti e din se ku, e nata nuk ishte e shkurtë, si natë e zakonshme, por njifarë nate e gjatë sa nji shekull i tanë dhe unë hecsha vazhdimisht, por nuk dijsha se ku jam tue shkue.
Heca kështu shum vjet dhe shkova diku, aq larg, larg prej vendit tim në nji krahinë të panjoftun, në nji dhe të çuditshëm, për të cilin ndoshta s’ka njeri të gjallë që të dijë gja dhe që, sigurisht, vetëm n’andërr mund të shifet.
Tue u endë nëpër kët dhe, mbërrina në nji qytet me shum banorë. Në tregun e gjanë të këtij qyteti ishte mbledhë nji mori njerzish dhe bahej zhurmë e madhe veshët me t’u shurdhue. Hyna në nji kafe bash kundruell tregut dhe pyeta mejhanexhiun pse ishte mbledhë gjithë ky popull.
— Na jemi njerëz t’urtë dhe të vyeshëm, — filloi me më tregue ai — jemi besnikë dhe e ndëgjojmë kryeplakun tonë.
— A thue te ju njeriu ma i madh qenka kryeplaku? — ia preva fjalën me kët pyetje.
— Te na qeveris kryeplaku, dhe ai asht ma i madhi; mbas tij vijnë policët.
Unë u qesha.
— Pse po qesh?… A thue se nuk e ke dijtë?… Po prej kah je?…
Unë i tregova se kam tretë rrugën dhe se jam prej dheut të largët Sërbis.
— Kam ndie, po, për at vend të përmendun! — pëshpëriti ai me vedi dhe më shiqoi me nderim e mandej m’u drejtue me za të naltë:
— Qe, kështu asht te na, — vazhdoi ai — kryeplaku qeveris me policët e vet.
— Çfarë njerzish janë këta policët tuej?
— Hee, policët, a din çka, janë të ndryshëm dhe ndryshojnë simbas gradës. Ka policë ma të mëdhej dhe ma të vegjël… Pra, na këtu jemi njerëz t’urtë dhe të vyeshëm, por nga vendet, rreth e qark po vijnë këtu gjithfarë haramash, të cilët po na prishin dhe po na mësojnë me punue mbrapshtë. Që të dallohet çdo qytetar nga tjerët, kryeplaku ka urdhnue dje gjithë qytetarët e këtushëm të shkojnë para komunës ku do t’ia vejë secilit vulën në ballë. Qe, për kët punë asht mbledhë populli që të bisedojmë çka do të bajmë.
Unë u dridha dhe mendova të largohem sa ma parë nga ky vend i tmershëm, sepse sadoqë jam Sërb fisnik, nuk jam mësue në trimni aq të madhe dhe kjo gja m’u duk e pandershme.
Mejhanexhiu qeshi pa të keq, ma rrahu krahvm dhe më tha me kreni:
— Eh, or mik, e pat dhe burrnija jote… Me gjasë guximi ynë s’paska shoq në botë!…
— Ç’mendoni me ba? — pyeta turpshëm.
— Si, ç’mendojmë? Do të shofish se çfarë burrash jemi. Guximi ynë s’ka shoq në botë, ta them unë ty. Ke pa shum dhena, por jam i sigurtë se hundë-lesha ma të mëdhej nuk ke pa. Eja të shkojmë atje bashkë. Unë duhet të nxitoj.
Bash tue u nisë, kur qe, para derës, u ndëgjue krisma e kamxhikut.
Shiqova përjashta, çka me pa: Nji njeri me njifarë kapele trekandshe, të vizllueshme dhe me rrobe të larme i kishte hypë njij njeriu tjetër, veshun me rrobe shum të pasuna thjesht qytetare, u ndalue para kafes dhe zdrypi.
Mejhanexhiu duel përjashta dhe e nderoi tue u përulë deri në tokë, e ai njeriu me rrobe të larme hyni në kafe dhe u ul pranë tavolinës, e cila ishte stolisë në nji mënyrë të veçantë. Ai me rrobe qytetare mbeti para kafes tue pritë. Kafexhiu e nderoi edhe këte tue u përulë thellë.
— Ç’don me thanë kjo? — e pyeta, i habitun, kafexhiun.
— Ky që hyni në kafe asht nji polic i madh dhe ai asht nji nga qytetarët ma të përmendun, pasaniku ynë i madh dhe atdhetar — pëshpëriti kafexhiu.
— Po pse lejon me i hypë?
Kafexhiu ma bani me krye dhe u largue pak më nji anë. Qeshi disi si me përbuzje dhe tha:
— Kjo te na çmohet si nderim i madh, i cili rrallëkujt i bje hise!…
Ai më tregoi shum gjana tjera, por unë nga tronditja nuk e kuptova. Vetëm fjalët e mbrame i ndëgjova mirë: „Ky asht nji shërbim për atdhe, të cilin nuk mundet as nuk din me e çmue çdo popull!”
Mbërrimë në mbledhje ku kishte fillue tashma zgjedhja e kryesis së nderit të punës.
Nji grup kishte paraqitë si kandidat për kryetar njifarë Kollbi, nëqoftëse nuk gaboj; nji grup tjetër njifarë Tallbini, grupi i tretë prap kandidatin e vet.
U ba nji përziemje e pashoqe; secili grup dëshironte të fitojë kandidati i vet.
— Unë mendoj se nuk ka njeri ma të mirë se Kollbi për kryetar të njij mbledhjeje kaq të randsishme, — tha njani nga grupi i parë, — sepse virtytet e tija qytetare dhe trimnin e tij të gjithë i njohim fare mirë. Unë kujtoj se nuk gjindet kush ndër ne, të cilit t’i kenë hypë sundimtarët ma shpesh se atij.
— Ç’flet ti? — bërtiti njani nga grupi i dytë — ty as praktikanti nuk të ka hypë kurr.
— I dijmë na virtytet tueja, — bërtiti drkush nga grupi i tretë — ju asnji të rame të kamxhikut nuk e keni hangër, pa bërtitë.
— Të merremi vesh, vllazën! filloi Kollbi. Mue, me të vërtetë më kanë hypë shpeshherë qeveritarët tanë të ndershëm tash dhetë vjet dhe më kanë ra me kamxhik dhe nuk kam bërtitë, por prap mund të ndodhë që të ketë njerëz me ma shum merita se unë. Ka ndoshta ma të rij dhe ma të mirë.
— Nuk ka, nuk ka! — bërtitën zgjedhsit e tij.
— Nuk duem me ndie për meritat e vjetra! Kollbit i kanë hypë tash dhetë vjet — bërtitën nga grupi i dytë.
— Tash po dalin në dritë fuqit e reja e për të vjetrit nuk duem me ndie ma — bërtitën nga grupi i tretë.
Menjiherë u fashit zhurma, populli u mënjanue dhe hapi rrugën, në të cilën pashë nji njeri të ri, nja tridhetëvjeçar. Sa mbërrini ky, gjithë u përulën deri në tokë.
— Kush asht ky? — pyeta, tue pëshpëritë, mejhanexhiun.
— Ky asht i pari ndër qytetarët. Njeri i ri, por premton shiun. Në moshën e vet të re ka pasë fatin që, edhe vetë kryeplaku fi hypi në shpinë tri herë deri tash. Ai asht i popullarizuem ma shum se çdo kush deri tash.
— Ndoshta do ta zgjedhin ate… pyeta unë.
— Asht ma tepër se e sigurt, sepse të gjithë këta kandidatët e deritashëm janë të vjetër dhe përveç kësaj i ka shkelë edhe koha, kurse këtij dje i ka hypë kryeplaku.
— Si e ka emnin?
— Kleard.
— E vunë në vendin e nderit.
— Unë mendoj — e theu Kollbi heshtjen — se nuk duhet të kërkojmë njeri ma të mirë se Kleardin për kët vend. Ai asht i ri, por na të vjetrit nuk mund të krahasohemi kurrsesi me te..
— Ashtu asht, ashtu asht!… Rrnoftë Kleardi… brohoritën të gjithë. Kollbi dhe Tallbi i prinë që të zajë vendin e kryetarit.
Pran të gjithë e nderuen tue ulë kryet dhe mandej mbretnoi qetsija:
— Ju falënderoj, vllazën, për kët kujdes e nderë kaq të madh që më batë sot njizani. Shpresat tueja që keni në mue janë tepër mikluese. Asht vështirë me i udhëheqë dëshirat e popullit në ditë kaq të randsishme, por unë do të baj çdo përpjekje për ta meritue besimin tuej, që t’ju përfaqsoj gjithkund sinqerisht dhe që ta mbaj nalt zanin tim edhe tash e mbrapa. Ju falemnderit, vllazën, për kët zgjedhje!
— Rrnoftë, rrnoftë, rrnoftë! — brohoritje nga të gjitha anët.
— Tash vllazën, më lejoni që nga ky vend të them disa fjalë mbi kët ngjarje të randsishme. Nuk asht lehtë me i durue vuejtjet dhe dhimbjet që na presin; nuk asht lehtë me durue që me hekur të skuqun të vehet vula në ballin tonë. Po, këto janë mundime të cilat nuk mund t’i durojë gjithkush. Le të dridhen dhe të zbehen nga friga qyqanat, por na as për nji çast nuk duhet të harrojmë se jemi mbasardhsit e të parëvet tanë trima, se në dejt tanë leviz gjaku fisnik dhe trim i gjyshavet tanë, gjaku i atyne kreshnikëve — gjiganta të cilëve as krisma e dhambëve nuk u asht ndëgjue tue vdekë per liri dhe për të mirën tonë, të mbasardhësve të tyne. Asgja nuk janë këto mundime në krahasim me ato t’atyne, pra, a të tregohemi si brez i kalbun dhe frigacak, na tash që kemi të gjitha të mirat dhe gjithë kët bollëk? Çdo atdhetar i vërtetë, kushdo që dëshiron mos të turpnohet fisi ynë para botës, duhet ta durojë dhimbjen trimnisht dhe si burrë.
— Ashtu asht. Rrnofsh, rrnofsh!
U paraqitën edhe disa gojtarë të flaktë, të cilët trimnojshin popullin e friguem dhe folshin pak a shum poashtu si foli Kleardi.
Kërkoi fjalën nji plak i zbetë, i lodhun, me fytyrë të rrudhun, me flokë të bardhë si bora. Kambët iu merrshin nga pleqnija, shpina i ishte kërrus dhe duert i dridheshin. Zani iu dridhte, në sy i shkëlqejshin lotët.
— Djelm, — filloi ai dhe lotët iu rrokullisën nëpër faqe të zbeta e të rrudhuna dhe i ranë mbi mjekër të bardhë, ngusht e kam dhe shpejt do të vdes, por më duket se asht ma mirë të mos lejojmë me u ba nji turp si ky. Unë i kam njiqind vjet dhe kam jetue pa te… A thue tash në kët kokë të thime, të molisun të më vejnë vulën e skllavnis…
— Poshtë plaku qelbanik! — bërtiti kryetari.
— Poshtë plaku! — bërtiten disa.
— Plak i ngordhun! — bërtiten të dytët.
— Në vend që t’u japë zemër ma të rijve, ai frigson edhe ma tepër popullin! — bërtasin të tretët.
— Të ketë trup prej flokëve të thimë! Ka jetue sa ka dashtë dhe tashë ende ka frigë e na ma të rijt, ma trima! — bërtasin të katërt.
— Poshtë qyqani!
— Qitne përjashta!
— Poshtë qyqani.
Turma e acarueme e qytetarëve të rij trima filluen në zemrim e sipër me i ra me grushta dhe me e tërheqë plakun e kapitun.
Mezi e lëshun për arsye pleqnije, përndryshe e patën mbulue me gurë.
— Të gjithë u betuen dhe u besatuen se nesër do t’ia zbardhin faqen emnit të tyne kombtar tue qëndrue si burrat.
Mbledhja u shpërnda me rregull të madh. Me rastin e shpërndamjes ndëgjoheshin zane:
— Nesër do të kallxojmë se kush jemi!
— Do të shohim nesër shum burracakë!
— Ka ardhë koha të tregojmë se kush vlen dhe kush nuk vlen dhe të mos shesi trimni çdo pis!
—
U ktheva prap në hotel.
— A pe se kush jemi na? — pyeti me kreni mejhanexhiu.
— E pashë — u përgjegja mekanikisht dhe ndiejsha se si më kishte lanë fuqija dhe si m’ushtonte kryet nga përshtypjet e çuditshme.
Po kët ditë lexova në gazetën e tyne kryeartikullin me kët përmbajtje:
„Qytetarë, ka ardhë koha që të prajnë ma ditët e lavdimit të mrazët dhe të mburrjes së këtij ose atij prej nesh; ka ardhë koha që mos t’i çmojmë ma fjalët e kota, me të cilat na jemi të pasun, tue vu në dukje disa virtyte dhe meritat tona t’imagjinueme; ka ardhë koha, qytetarë, që, të provohemi edhe njiherë me vepra dhe të tregohemi me të vërtetë se kush vlen dhe kush nuk vlen! Por mbajmë ymid se ndër ne nuk do të ketë qyqana të pafytyrë të cilët do të detyrohet me i sjellë vetë pushtetit në vendin e caktuem për me u vu dangën. Kushdo që ndien në vedi edhe nji grimë të vockël të gjakut kreshnik të të parëvet tanë, do të nxitojë sa ma parë për t’i qëndrue qetsisht dhe krenarisht vuejtjeve dhe dhimbjes, sepse kjo asht dhimbje e ndërgjegjes, ky asht flijim që kërkon atdheu dhe e mira e jonë e përgjithshme. Përpara, qytetarë, nesër asht dita kur matet burrnija…”
—
Kafexhiu at ditë ra me fjetë menjiherë mbas mbledhjes, që të nesërmen të mbërrijë sa ma parë në vendin e caktuem. Shum prej tyne shkuen menjiherë para komunës që të zanë vend sa ma të mirë.
Të nesërmen shkova edhe unë përpara komunës. Kishin ardhë të gjithë nga qyteti, i madh e i vogël, mashkuj e femna. Disa nana kishin sjellë edhe fëmijt e vet në grykë, që edhe këta të vulosen me vulë të robnis, domethanë me vulë të nderit, kështuqë ma vonë të kenë ma shum të drejtë me zanë ndonji vend ma të mirë në shërbim të shtetit.
Aty shtyheshin, shaheshin — në kët pikëpamje na përgjajnë nga pak ne Sërbëve, dhe kjo më gëzoi — shtyheshin për të mbërrijtë të parët në derë. Disave madje për ma tepër u zihej fryma.
Vulat i ven nji nëpunës me rrobe të bardha kremtimi dhe i flet popullit me butsi:
— Kadalë, pash zotin, le të vijë secili me rend, nuk jeni shtazë që të shtyheni kështu!
Filloi vulosja. Dikush bërtitte, dikush vetëm shtërzehej, por kurrkush nuk u durue pa lëshue njifarë zani, sa qeshë aty.
Nuk mujta me shique ma giatë këto mundime, por shkova në mejhane, ku disa ishin ulë dhe pijshin tue hangër meze.
— E hoqëm edhe kët barrë! — tha njani.
— More na nuk bërtitëm shum, por Tallbi bërtiti si gomar… — tha tjetri.
— Qe, shiqoje Tallbin, që dje e kërkuet ta kryesojë mbledhjen!
— E, po kush e ka dijtë!
Kuvendojshin por gjëmojshin, përdridheshin nga dhimbja, e mëshiheshin njani prej tjetrit, sepse secilit i vinte turp që të tregohej qyqan.
— Kleardit i shkoi fytyra, sepse shtërzoi, kurse njifarë Leari u dallue për trimni, dhe kërkoi që t’i vehen dy vula dhe nuk bani ciu me gojë. Mbarë qyteti flet vetëm për te me respekt të madh. Disa ikën, por të gjithë i përbuzën.
Mbas disa ditësh, ai që kishte dy danga në ballë, shetitte kryenaltë, kapardisun e krenar, plot lavd e mburrje, dhe kudo që kalonte, gjithkush ia lëshonte rrugën dhe hiqte kapelën para trimit të ditëve të veta.
Vrapojshin rrugëve mbas tij edhe gratë, edhe fëmijt, edhe burrat për ta pa trimin e popullit. Kudo që kalonte, përhapej pëshpëritja plot frigë dhe nderim: „Leari, Leari!… Ky asht ai! Ky asht ai hundleshi që nuk ka ba ciu, që nuk ka lëshue asnji fije zani, kur ia kanë vu dy danga!” Gazetat shkruejshin për te dhe e çojshin në qiell me nderime dhe lavdime shum të mëdha.
E pat hak dashunin e popullit.
—
Ndëgjojsha këto lavdime nga të gjitha anët e, edhe mue më vlonte gjaku trim i Sërbit. Edhë të parët tanë kanë qenë trima, edhe ata kanë vdekë mbi huj për liri; edhe na kemi të kaluemen kreshnike dhe Kosovën. Më përfshiu krenarija e popullit dhe bindja se duhet t’ia zbardhi fytyrën popullit tem dhe vrapova para komunës e bërtita:
„Ç’po e lavdoni Learin tuej?… Ju ende nuk keni pa me sy trima! Shihni se ç’asht gjaku sërb, kreshnik! Më veni dhetë danga e jo vetëm nji!”
Nëpunsi me rrobe të bardha ia afroi ballit tem vulen dhe unë këceva… Mbas andrrës më duel gjumi.
E fërkova ballin nga frika dhe bana kryq, tue u çudit se ç’sende i shtihen njeriut n’andërr.
Për pak qeshë tue ia rrëxue nji grimë itibarin Learit të tyne, — mendova dhe i kënaqun u ktheva në krahun tjetër, por m’erdhi nji fije keq që nuk vazhdoi andrra deri në fund.
Burim: Radoje Domanoviq, Satirat, Rilindja, Prishtinë 1960. (Përkth. Mehmet Hoxha)
Andrra e çuditshme
I qofsha falë Zotit, çka nuk më shtihet n’adërr! Dhe njerzit tjerë, padyshim shofin andrra të marra e shapakote, por, ndoshta, nuk i shkruejnë, sikurse mue m’u ka ba disi mani që, posa ta shof ndonji andërr të çuditshme, menjiherë pendën në dorë dhe shkruej, që t’u japi rast edhe tjerëve me u çuditë.
Në mbramje më zu nji gjum i qetë dhe i thellë e andrra më çoi në nji kohë para njiqind vjetësh, mirëpo kjo kohë nuk asht ashtu sikurse unë dhe të gjithë na e kemi mësue prej historis, por krejt ndryshe. Nji send që n’andrrën time asht i barabartë me kohën e atëhershme, asht se Sërbija thuese nuk asht e lirueme dhe se në te sundojnë Turqit. E ndjeva vedin si mos me qenë n’andërr, por gjithçka më dukej si në zhgandërr. Turqit sundojnë Sërbin, kanë, si, ministrina, ente, organizim, nëpunës, gjithçka, si na sod. Beogradi po ai si edhe ky sod: të njajtat rrugë, të njajtat shtëpija, gjithçka nji soj, vetëm që ndër shum tregtiza dhe ndërtesa shtetnore mbishkrime truqishte e nëpër rrugë plot Turq, dhe na Sërbët, po ata që jemi dhe sod, ndeshemi me ta dhe i përshëndesim:
— Servus, Jusuf!
— Servus!
Kjo asht përshëndetja me të vobektit e tyne, me klasën ma t’ultë, por kur kalon tashma ndokush ma i mirë se ata ose bile pushteti, atëherë njeriu ulet në gjuj, heq kësulën dhe i palon syt për dhe. Gjaja ma e çuditshme asht se gjinden edhe Sërbë në policin turke. Ruena Zot, por kjo punë nuk m’u duk n’andërr aspak e çuditshme.
Ministrat dhe aristokratët kalojnë rrugës me çallma, me çibuka të gjatë, me hap të ngadalshëm, të mrroltë. Të gjithë përkulen deri në tokë para tyne për t’i nderue, kurse ata mëzi bajnë tenezyl me ia kthye përshëndetjen këtij dhe atij, të cilit ma me gëzim kishin me i ra në krye me çibuk dhe me i lejue që t’u falet nderës për at nderim me gjithë zemër e përulshëm.
Na po ata, të sotshmit, vetëm thuese nuk jemi qytetarë të lirë si sod, por raje që dridhet prej frigës edhe për kryet edhe për familjen edhe për pasunin e vet.
Turqit nuk na kursejnë aspak. Disa prej nesh i burgosin; do tjerë lidhin me vargoj të randë, disa i persekutojnë, disa i heqin prej shërbimit shtetnuer dhe çfarë zullumesh tjera nuk trillojnë për ne, rajen besnike dhe të bindun.
Po kështu prej thellsis së Sërbis mbërrijnë pa pra lajmet e zeza: se si ndonjanit prej popullit ia kanë rrëmbye pasunin, dikujt për tatim ia kanë shitë edhe shtëpin dhe çdo gja rreth saj; dike e kanë mbytë, dike e kanë ngulë në hu, dike e kanë përzanë nga vendi i lindjes. Princat i lidhin me pranga dhe i burgosin vetëm po ta çojnë zanin kundra dhunës dhe marrin tjerë që i levërdisin pushtetit t’egër turk; në faltoret e shejta i shtijnë policët e vet dhe i rrahin priftnit me kamxhikë, pa marrë parasysh kush janë, mjafton që nuk e përkrahin sjelljen e pamirë të Turqve.
— Deri kur kemi me durue kët përdhuni e zullum? — më pyeti, gjoja, njihërë nji mik i mirë imi, të cilin, teksa para dy tri ditësh, e kishin lirue prej burgut. Ky asht (ashtu si e njofta n’andërr) njeri i vobekët, guximtar edhe trim, por për shkak të sjelljes së tij ndaj Turqvet hoqi shum keq e vuejti, dhe shum Sërbë largoheshin prej tij që Turqit të mos i marrin mëni për shkak të shoqnimit me të.
— Eeeeh, çka mundemi me ba?! pëshpërita nëpër dhambë dhe vëzhgova ndër të gjitha anët që mos ta ndëgjojë kush bisedën tonë.
— Si çka mundemi me ba? — më pyeti ai dhe më shiqoi rreptë ndër sy.
— Kështu, çka mundemi me ba?
— Të luftojmë! — tha ai.
Thuese dikush m’i preu kambët me kosë, fillova cok me u luhatë dhe nga friga mezi bëlbzova:
— Me kend?
— Me Turqit, po me kend tjetër? — prap ai me ashpërsi.
Rrathë gjithfarë ngjyrash nisen me më luejtë para syve dhe u prapsova instiktivisht prej njifarë frige.
— Por, por p…. por… zuna me belbzue.
— Çka por, s’ka këtu por, duhet me luftue, dhe mbaroi puna — bërtiti miku im zemrueshëm dhe më la e iku.
Ndejta gjatë n’at vend, si i gurzuem prej çudis. Nuk mujsha me ardhë në vedi. N’at ças ia behi nji tjetër prej miqve te mij të mirë. U përshëndet dhe e çuditi brengosja ime, të hutuemit.
— Çka të gjet? — pyeti.
Ia tregova bisedimin me mikun e parë.
Ai qeshi fort dhe m’a rrahu krahun me dorë:
— Ha, ha, ha, ha, po vallë ti nuk e njef atë?… Ha, ha, ha, ha… Vallë a nuk e mban në mend se ai ka qenë gjithmonë ashtu në tri rrotë!… Çka thot: të luftojmë!… Ha, ha, ha, ha! Bukur, pasha Zotin. As ma pak, as ma tepër por na të dy t’i shpallim luftë imperatoris turke! Ha, ha, ha, ha!… Falë i qofsha Zotit, kqyre sa njeri i marrë! — më tha miku dhe zunë me iu mbushë syt me lot prej të qeshunit t’ambël.
— Njeri i çuditshëm — thashë.
— I marrë, nuk asht i çuditshëm. Don me e kthye lumin përpjetë dhe me u shitë trimni Turqve. Ai asht njeri i marrë. Çfarë dobije pat prej asaj pune? E burgosën, e hodhën ndër pranga, e rrahën — këto janë krejt qari i tij, përpos kësaj shkatrroi edhe vedin edhe familjen e vet, por këto të mos i shti në hesap. Gjinden ende kësi të fërflluemësh. Le të ngushllohet që ka ende kush me i ba shoqni — vërejti miku im dhe mandej zu me u qeshë përsëri.
— Ha, ha, ha, ha!… Luftë Sulltanit, ec e luej! — foli dhe u shkreh prap në gaz.
Tanë puna m’u duk edhe mue qesharake dhe filluem të dy me u qeshë.
Andrra asht send i çuditshëm, sepse kurrgja në të nuk asht e çansueme pikërisht, e çka asht edhe ma bukur çdo gja i duket njeriut e natyrshme, e vërtetë. Kështu ndodhi edhe me mue në kët andërr.
Thuese jam në Beograd e njikohsisht edhe në disa male, nëpër kodra, me njerëz të popullit, kurse në pyll t’errët, të gjanë, gjindet nji hotel i vetmuem, i mshefun, i shtruem bukur, elegant.
Ai miku im i fërflluem dhe luftarak, thirri si na tridhetë burra të njoftun prej të gjitha krahinave që të merren vesh çka me bë kundra zullumit turk. Turqit kishin fillue me ba prej ditës në ditë, prej çasit në çast, të këqija gjithnji ma të mëdha e ma të mëdha, kështuqi na u desht medoemos me vu gishtin në krye seriozisht e me mendue: Çka me ba për kët mjerim të përgjithshëm të popullit.
Në nji dhomë të shlirshme të njij hoteli u mblodhëm na dhetë vetë dhe kuvenduem, tue pi melanzhë, në lidhje me gjanat e rëndomta të përditshme, tue pritë tjerët.
Unë jam si profesor në nji shkollë, dhe tregova se si n’orën e ardhshme do të jap mësim për gypat e Toriçelit; nji tregtar tregoi se si Turqit bajnë ma tepër pazar në dyqanin e tij se sa Sërbët; njani prap, nuk e di çka ishte, tregoi se si dje e goditi nji macë dhe e theu nji shkop shum të bukur; por, tha, ka me e ndreqë. Nji katundar tregoi se si dosa ia hanë zogjt e pulave, dhe çuditet burri i dheut çka me ba me te, e pra asht dosë e mirë dhe prej sojit të mirë.
Ndërsa na bisedojshim kështu, nji nga nji erdhën edhe burra tjerë të njoftun, që janë thirrë në kët mbledhje të msheftë të randsishme.
Erdhën ende dhetë vetë, ndejtën pak dhe filluen me mbërrijtë kartë — vizitat me përmbajtje: „Nuk muj me ardhë për shkak të njij pune me randsi. Pranoj çdo gja që keni me vendosë…” „Jam i penguem prej punës; pranoj çdo gja që të vendosni.” „Më duhet me shkue patjetër te rrobaqepsi për t’i ba provë petkat, më falni për sod…” „Më vjen keq që nuk muj me ardhë, sepse nuk kam çare pa shkue në stacion për ta pritë tezen. Ka lajmrue se vjen sod me ferovi”. — dhe tashma gjindeshin gjithmonë arsyena të randsishme që penguen edhe njerzit tjerë të njoftun, të thirrun me ardhë në kët mbledhje.
Tueqenëse nuk kishim tashma kend me pritë ma tepër konvokatori u çue dhe filloi me za të dridhshëm:
— Nuk kanë ardhë të gjithë. Nuk kanë dashtë as nuk kanë pasë guxim, njisoj. Mujmë edhe na njizët vetë në njizet krahina të vendit tonë me ba shum. Zullumi dhe përdhunija turke e kanë kalue çdo masë. Matej s’ka ku me shkue, as që mund të durohet. Kurrkush prej nësh nuk e ka t’ë siguruem kryet në trup e lene ma pasunin. Po vallë në heshtje, duerkryq dhe kryeulun të presim kur do të na vijë rendi që kryet të na rrokulliset nëpër ledinë; ose të përbuzim nderin e familjevet tona dhe t’i lëshojmë Turqit për shkak të jetës sonë dhe të njij cope bukë, të na i çnderojnë vajzat dhe grat, të na i rrenojnë kishat, të na rrahin me kamxhikë nëpër rrugë; ose, ndoshta, t’i përkdhelim ata mizorë e të lavdojmë zuilumin e tyne që të mujmë me jetue rahat? Çka duhet edhe ajo jetë. Çka na duhet mëndafshi e ari kur ta humbim fen dhe kombsin, nderin dhe fytyrën? Jo, vllazën, kështu nuk mund të durohet ma. Kjo gjendje nuk mund të qëndrojë ma gjatë!
— Nuk mund të qëndrojë!… Gjepura. Asht lehtë me thanë nuk mund të qëndrojë, por kush t’i ndëgjon fjalët? Çka mundesh me ba? Flet si me qenë Cari i Rusis që teksa t’u bërtasish Turqve: „Nuk duhet me ba ma kështu”, ata të gjithë në gjuj para teje. Po të pyes ty: Çka do të mujmë me ba, ti dhe unë, na të gjithë? — ia preu fjalën njeni prej nesh që dallohej për urtsi e matuni.
— Na mujmë shum dhe poqese kërkojmë me u ba ma mirë, ma mirë dhe ka me u ba. Dëshira jonë mundet për nji çast me u ba urdhën.
Disa prej njerëzve të njoftun i rrudhën krahët dhe, tue u shique ndër vedi me shprehjen e fytyrës thuese pyesin shoqishojnë dhe i përgjigjen njani tjetrit, u tmeruen prej frigës: „Çka ka ky njeri? Zoti, qoftë lavdue, e din?” I shkëmbyen përseri shiqimet dhe tash shprehja e fytyrës foli: „Njeri i marrë!”
Nji tjetër prap, tue ndejtë karshi tij, me brryla në tavolinë, syt gjysëmçelun, e shiqonte, në të vërtetë e matte, disi trishtueshëm pa folë kurrgja, gjatë, dhe vetëm atëherë i hapi syt nji trokë ma tepër dhe e shiqoi me bisht të synit disi përbuzshëm me nënçmim dhe pëshpëriti nëpër dhambë kadalë dhe zgjatueshëm:
— Eeeeh!… mandej e ktheu kryet dhe me njifarë mërzije zu me i ra tavolinës me gishta.
— Jeni tue kuvendue! — tha prap njani nga qoshja ironikisht.
Ai që u dallue për urtsi e matuni u çue dhe u ndal përpara shokut tonë të vrullshëm, i kryqzoi duert në krahnuer dhe zu me e matë prej majës së kres deri në fund të kambëve, si njeri plot përvojë, që flet me nji djalosh të pamarrun vesh.
— Bukur, të lutem, pse kemi ardhë këtu dhe ç’ka don ti?
— Na kemi ardhë që të merremi vesh më çfarë mënyre do t’i japim fund përgjithmonë kësaj tiranije, kësaj përdhunije turke. Këtu jemi mbledhë gadi njerzit ma të njoftun nga tanë vendi, që së bashku të kërkojmë ilaç! — përgjegji konvokatori me za të matun, plot besim se ka me u ba mirë.
— Mirë, këte e dëshirojmë edhe na!
— Kur e dëshirojmë çka presim ma tepër?
— Ruejmë kot krenat, kurse edhe ato kemi me i humb, por atëherë kur ta humbim edhe nderin dhe fytyrën! — u nxe ai i pari dhe i ra tavolinës me grusht aq fort sa shum vetë u larguen pak ma tutje.
— Ma mirë rob nga nji herë se gjithmonë i vdekun! — hodhi fjalën dikush.
— Leni, ju tjerët, që na të kuvendojmë ma së pari — na tha i matuni dhe mandej iu kthye prap të vrullshmit me fjalë:
— Mirë, të lutem thuejmë ti mue çka mendon se duhet me ba? — pyeti ftoftë dhe plot takt.
— Të çojmë krye kundra Turqve. T’i ngrehim njerzit, secili në krahinën e vet, dhe t’i mbysim edhe na ata, sepse ata po na mbysin që po na mbysin. Tjetër ilaç nuk ka as nuk mundet me pase!
Disa u qeshën prej atyne fjaleve te rrepta e të flakta si në nji punë fëmijsh, disa vëzhguen frigueshëm rreth vedit, kurse disa banë shakana te randa e therrse n’adresë t’alij fjalimi jo të rëndomtë
— Mirë, ti po thue që të çojmë krye, a? — pyeti i matuni.
— Të çojmë krye! — përgjegji ai ngultas dhe në sy i shëndriti shkëndija.
— Me kend, hajt de, me kend!?
— Unë, ti, ky, ai, na, na të gjithë, populli!
— Çka po flet dokrra?… Ku asht populli, me kend je marrë vesh?
— Me ty, me këta burra, këtu.
— Po çka jemi na?
— Si çka jemi?
— Ashtu, të pyes!
— Njerëz.
— Vërtet jemi njerëz, por sa gjindemi këtu?
— Njizet.
— Këte ma thuej. Njizet, ta merr mendja, po këta s’janë kurrgja! Ha, ha, ha!… Njizet.
— Këta janë shum — vikati i vrullshmi, sepse na njizet i qërojmë njizet Turq në njizet vende të ndryshme dhe secili prej nesh mund të ketë barem nga tre shokë të mirë e besnikë, e secili prej tyne mundet me e ba po at punë. Vetëm të fillojë se mandej kanë me hy ende të pakënaqunit dhe hakmarrsit, të cilëve zaten iu ka ardhë shpirti në maje të hundës. Le të bahet tym’e flakë dhe çka të japi Zoti. Vetë ngjarjet kur fillojnë me u zhvillue kanë me tregue rrugën e drejtë nëpër të cilën duhet me shkue.
Shum vetë u qeshën me përbuzje, kurse ata të matunit e shiquen me bisht të synit, tue tundë kryet thuese u vinte keq për të për nji mosgjykim kësisoji dhe thanë:
— Fët e fët, hidhemi na njizet dhe i mbysim njizet Turq, kurse ata tjerët i kapë friga dhe disa ikin n’Azi, disa hidhen n’ujë.
— Të gjithë jeni qyqana — vikati ai vrullshmi dhe i ra tavolinës me grusht.
— Mirë, të lutem; qe, po e pranoj planin tand, dhe po bahemi me ty të gjithë na këtu. Mirë, na jemi njizet dhe në rastin ma të mirë, secili prej nesh të mbledhi ende nga dhetë shokë, këta bajnë dyqind, po e zamë se ndodh rast i rrallë — hajt mirë, mundet edhe kjo me ndodhë — secili mbyt nga dy Turq në çdo vend; të thomi se këtyne dyqindve u bashkohen edhe aq. Animirë — Turqit rrijnë që t’i mbysim edhe aq prej tyne si mizat — në fund çka kemi ba me kët punë?
— Shum.
— Shum, por për të keqen tonë. Zemrojmë vetëm Turqit e Sulltanin dhe atëherë kqyr ku me e strukë kryet. Atëherë, ti kishe me pa, i dashtuni im, sa i urtë asht propozimi yt.
— Athue populli, ndoshta, nuk ka me u bashkue me shokë kur të shofi se ka fillue lufta? As na nuk kemi me u shtri në rrugë që të na shkelin Turqit, por kemi me luftue ndër prita.
— Populli, populli!… Flet si fëmi. Nuk bahet kjo punë kështu, or i dashtuni im! Të luftojsh! Bukur, hajde, të gjithë të luftojmë. Po grat e fëmijt t’i varrim për gozhdë, a? Apo t’i lamë që t’i pjekin Turqit? Qe, ti ke fëmi, po kështu edhe i dyti, i treti. Nesër vritesh, e familja?
— Nuk kemi me u vra të gjithë. Nuk due me mendue për at punë. Si t’urdhnojë Zoti.
— Paj për çka të mendoj?
— Që të luftojmë dhe le të dali ku të dali.
— Ti prap je tue folë si fëmi. Të luftojsh, të luftojsh dhe nuk i mendon rrjedhimet? Qe, edhe për këte po lëshoj pe; hajde, kurr kush të mos i prekë familjet dhe !e te ndodhi rasti ma i mirë që Turqit të flejnë nji muej dhe na t’i bashkojmë edhe njizet mijë luftarë, po me çka mandej do të luftojmë?… Ku i ke armët, ku asht baruti, plumbi, ushqimi për ushtarë? S’e kemi nji grosh, të vorfun në pikë të fundit, raje. As bukë, as bylmet, as armë, as xhephane — dhe të luftojmë!
— Këto gjinden kur të shtrëngohen burrat — tha ai entuziaste.
— Gjinden. Bukur, qe, edhe këte po e zamë se asht ashtu, megjithse asht e pamundun. Animirë, ke njizet mijë ushtarë me armë të mira, ke topa dhe topxhi të mirë, ke ushqim, xhephane, çdo send. Po çka?… Prap kurrgja. Dyndet ushtrija e mbretit e na shkel për nji ditë, dhe çka bamë? Faqen e zezë e emnin Jakup… aq njerëz do të kishin me u varrë dhe ngulë ndër huj, aq familje do të kishin me shkue nën shpatë e edhe ata që do të teprojshin, kishin me heqë vuejtje ma të këqija se sa tash. Kështu asht kjo; lene që prej gjithë kësaj pune s’del kurrgja, por kur na disa sulmojmë, mbytëm s’mbytëm kend, Turqit do të na mbysin të gjithë neve dhe do të na zhbijnë deri në brezin e nandë.
— Paj të vritemi, dhe kështu jeta nuk na duhet!
— Ti nuk je vetëm. Ke familjen tande. Ti nuk i përket vetëm vedit, por duhet të kujdesesh edhe për familje.
— Ta merr mendja, s’asht kurrgja kjo punë me vdekë kot pa sukses të sigurt? Përmateper jo vetëm me vdekë, por me mbytë edhe familjen, për të cilën duhet të kujdesemi patjetër — mori fjalën njani.
— Paj për te nuk duhet as me folë — tha tjetri.
— Sikur t’isha vetëm, të vritem, niiherë vdes burri, por kam nanën, që s’ka kush e kqyr — tha i treti.
— More ti nanën, kurse unë përpos nanës gruen dhe pesë fëmij! — tha i katërti.
— Unë e kam motrën për të cilën kujdesem! — tha i pesti; nuk po çaj kryet për vedi, por kisha me e mbytë edhe atë mo marrin time.
— Unë gjindem në detyrë shtetnore dhe me këte ushqej edhe prindët pleq edhe familjen! Nuk asht nevoja të më mbysin, por vetëm të ma marrin kët kore bukë, të cilën e fitoj me nderë dhe jemi të mbytun edhe unë edhe familja ime. Ta pyesim vedin? pse të gjitha këto? Për marri! Ku ka ba vaki që njizet vetë ta nisin luftën me rajen që s’ka bukë me hangër kundra njij organizimi carist dhe ushtrije të fuqishme. Do t’ishte ma mirë për mue ta marr revolverin dhe ta vras vedin; dhe kjo punë asht ma e urtë, atëherë, së paku, nuk do të ma kishin ngucë familjen — dëshmoi i gjashti.
Edhe unë gjeta gjithashtu nji arsye të randsishme për shkak të detyrës shtetnore.
Njani tha prap:
— Unë, vërtet, jam i vetëm, por kam edhe unë, si njeri, detyrimet e mija personale, që më pengojnë. Kryet tem nuk e ankoj, por për nji punë t’urtë dhe jo me vdekë marrisht dhe me kët punë me i sjellë dame çashtjes së përgjithshme. Asht nevoja me punue n’at punë, por me shum mend dhe me kujdes.
— Ashtu asht — miratuem.
— Ju lutem, për të as që mund të bisedohet, së paku ndër këto rrethana, kur tereni nuk asht i përgatitun. Kjo do të thonte peshku në det e tigani në zjarm. Nuk gjindet asnji prej nesh të cilit nuk ia don zemra të mirën e këtij vendi dhe mu për kët arsye asht nevoja me pimue me plan, me organizim, shkallë-shkallë, me themel. Kjo punë asht si ujë i qetë që shemb bregun. Por, vllazën, ta lamë me nji anë ate që asht e pamundshme dhe të shofim çka mundemi me ba në këto dit të vështira; të bisedojmë për të gjitha dhe të mendojmë mirë për të gjitha — zu me spjegue ai i urti dhe i matuni.
— Ashtu asht — i miratuem me loçkë të zemrës arsyenat e njeriu të prashëm, serioz, plot përvojë dhe ton diplomatik.
— Me ba kryengritje asht punë e madhe dhe e randë, por duhet me pasë në mend dhe me mujtë me parashique të gjitha rrjedhimet qofshin të mira, qofshin të këqija për popullin tonë dhe me vendosë pikërisht: a ka kuptim me ba aq flijime apo asht ma mirë e ma me mend me e shty ket punë për nji moment ma të përshtatshëm. Dhe kët pune me e përsiatë bile edhe atëherë kur kryengritja të jetë përgatitë me dheta vjet. E tash le të shofi shoku ynë i ndershem çka duhet krejt ne kët punë nëqoftëse mendojmë me fillue me mend:
1) Duhet me themelue këshill të veçantë dhe në çdo vend nënkëshilla, që duhet të përgatisin dhe në të vërtetë ta edukojnë popullin për kryengritje:
2) Lypet me mbledhë msheftas pare prej popullit që të formohet fondi për blemje armësh dhe gjanash të nevojshme luftarake dhe për këte kishte me u dashtë ma së paku nji shumë prej nja dhetë miljonësh;
3) Gjithashtu duhet me themelue fondin vejan dhe për mbajtjen e fëmijve të pafuqishëm, mbetë pa prind, që vriten në luftë. Ky fond lypet me qenë diku jashtë shtetit e në bankë të sigurt dhe duhet pa çare me pasë ma së paku njiqind miljon, që, familjet tona të hikuna të munden me jetue përjashta si u ka hije.
4) Me themelue fondin e invalidëve dhe të spitalit. Dhe këtu duhen shuma kolosale. Ndokush e humb dorën, kambën dhe të mos jetë i detyruem me lypë lëmoshë, por të ketë prej kah me u mjekue dhe me u mbajtë si duhet.
5) Me iu sigurue pension luftarëve, sepse çdo luftar për pesë vjet mundet me u qitë në pension: „Luftari në pension”. Nuk asht as e drejtë që i dërmuem, i lodhun prej mundimeve të luftës, të vdesë në mjerim e në skam, por të shkojë burri i dheut ndokund përjashta që, së paku den të vdesi, të rrnojë me lezet.
6) Asht e nevojshme me përgatitë dy tri shtete të forta kufitare që të na ndihmojnë në rasë se ndërmarrja jonë nuk do të ketë sukses.
7) Kur të përgatisim për kohën e parë barem gjashte mijë luftarë t’armatosun dhe të stërvitun mirë atëherë lypet me nxjerrë tinzisht nji gazetë patriotike që njerzit t’informohen mirë.
— Ashtu asht!… u ndie zani i shumicës.
— E, zotni, mue më falni — tha nji tregtar — kam punë në dugajë. Pranoj çka të vendosni.
— Mue m’udhton xhaxhesha me vapor dhe s’kam çare pa e përcjellë! — thashë e nxorra orën dhe shiqova kohën.
— Mue më duhet medoemos që ta nxjerri gruen me shetitë. Më falni dhe pranoj ate që vendosni! — tha nji nëpunës dhe kqyri orën.
— Ndaluni, burra! Mos shpërndaheni derisa ta caktojmë çka kemi me ba me gazetën — u ndie zani i dikujt.
— Kjo punë asht e lehtë. Gjaja me randsi asht që të gjithë t’i përputhim mendimet, që mbasi të bahen të gjitha ato përgatitje, të cilat, kuvendtari i ndershëm i radhiti urtsisht dhe me taktikë, me e nxjerrë gazetën patriotike! — thashë.
— Ashtu asht, ashtu asht — u ndie nga të gjitha anët.
— Atëherë t’i zgjedhim tre vetë që të mendojnë mirë për tanë at punë, edhe që ta shkrujenë programin e hollsishëm të gazetës, të cilën kishte me u dashtë me e quejtë Lufta!
— Lufta e përgjakshme — propozoi dikush.
— Lufta e përgjakshme — përgjigjen zanet gjimuese nga të gjitha anët.
— Ani mirë, në mbledhjen e ardhshme, ata tre vetë, që kemi me i zgjedhë, duhet të na paraqesin nji plan të hollsishëm dhe orientimin e gazetës, e cila ka me dalë teksa të bahen të gjitha ato përgatitje me prekosion — thashë dhe n’at çast u tranda dhe u zgjova.
Burim: Radoje Domanoviq, Satirat, Rilindja, Prishtinë 1960. (Përkth. Mehmet Hoxha)
Prisi (3/3)
Kështu kaluen ditën e parë dhe me të njajtin sukses kaluen edhe disa dit. Kurrgja me randsi të madhe vetëm pengesa t’imta: rrëxohen befas në hendek, në vija uji, ndeshin në kerrme nëpër driza dhe laske, disa prej tyne thejnë kambën ose dorën, dikush then kryet, por të gjitha këto vuejtje i durojnë. Disa pleq mbaruen, por kanë qenë me të vërtetë pleq. „Do të kishim vdekë edhe sikur të kishim ndejtë në shtëpi e lene ma në rrugë!” — tha ai kuvendtari dhe u dha zemër njerëzve me vazhdue rrugën. Disa fëmij ma të vëgjel, nga nji ose dy vjeç, mbaruen, por prindët shtrënguen zemrën, sepse ashtu ishte vullneti i zotit, sa ma të vegjël janë fëmijt edhe dhimbja asht ma e vogël: „por mos e dhashtë zoti që prindët të presin me humbë fëmijt kur bahen për martesë. Kur asht e shkrueme me vdekë ma mirë sa ma parë, sepse ma pak dhe dhimbje” — ngushllonte prap ai kuvendtari. Shum çalojnë dhe hecin tue u luhatë, disa pështollën kryet me mahrama dhe vunë peca të ftofta në gunga, disa mbajnë dorën në marhamën e varun për qafe, të gjithë u shkyen e u rreckosën dhe iu varren rreckat pët petka, por prapseprap shkojshin gjithnji larg e ma larg. Të gjitha këto do t’i kishin durue ma lehtë veç uja shpesh i mundonte. Mirëpo duhej shkue përpara, pa çare.
Nji ditë ndodhi diçka ma me randsi.
Prisi shkon përpara, pranë tij njerzit ma trima (dy ma pak. Për ta nuk dihet se ku gjinden. Mendimi i përgjithshëm asht se kanë trathtue e kanë ikë. Në nji rast ai kuvendtari dhe foli për trathin e tyne të turpshme. Prej tyne pak kush mendon se kanë mbarue në rrugë, por heshtin dhe nuk çfaqin mendimin që njerzit të mos frigohen) mandej tjetër me rend. Përnjiherë u duk nji greminë plot me gurë, tepër e madhe dhe e thellë — humnerë e vërtetë. Bregu aq i rrëpintë sa nuk mujshin as me ecë përpara. Dhe njerzit ma trima u ndaluen dhe e shiquen prisin. Ai, kryevarë, mrrolshëm dhe mendueshëm, hesht dhe ec përpara me guxim tue trokitë me shkop para vedit herë majtas herë djathtas simbas zakonit të njoftun dhe kjo, sikur thonë shum vetë, e bani dhe, ma madhështuer. Kërkend nuk shiqon, nuk flet kurgja, në fytyrën e tij kurrfarë ndryshimesh, as gjurmë frige. Gjithnji mi afër humnerës. Deri edhe ata ma guximtarët mbi guximtarë u zbenë në fytyrë si kërpa dhe kurrkush nuk guxon me i ba as vrejtjen ma të vogël prisit të mençëm, t’ashpër, dhe trim. Edhe dy hapa dhe prisi te humnera. Të friguem para vdekjes, me sy të zgurdulluem, të gjithë u prapsuen, kurse ma guximtari taman deshti me e ndalë prisin makar dhe tue shkelë disiplinën, por ai hodhi nji hap, dy hapa dhe u plandos në humnerë.
U ba pshtjellim, kukamë, poterë, mbretnoi friga. Madje disa filluen me ikë.
— Ndali, ku po nxitoni, vllazën. A thue ashtu mbahet fjala e dhanun? Na duhet të shkojmë përpara mbas këtij njeriu të meçëm, sepse ai e din çka ban. Nuk asht ndoshta i marrë. Përpara mbas tij! Ky asht rreziku dhe pengesa ma e madhe, por ndoshta dhe e fundit. Kush e din që mu këtu, mbas kësaj gremine, nuk gjindet ndonji tokë e bukur dhe e plleshme të cilën zoti e ka destinue për ne. Vetëm përpara, sepse pa flijime s ka kurgja! — Kështu foli ai kuvendtari, i bani dy hapa përpara dhe u zhduk në gremin. Mbas tij ata ma trimat dhe mbas këtyne vrapuen të gjithë.
Krisi kukama, gjëmimi, zunë njerzit me u rrokullis e me rënkue nëpër bregun e rrëpintë të kësaj greminë të madhe. Njeriu kishte me ba be se kurrkush gjallë, dhe lene ma shëndoshë e mirë, nuk mundet me dalë prej kësaj humnere. Por jeta e njeriut asht e fortë. Prisi pat fat të rrallë, tue ra, u ndal, si gjithmonë, në njifarë kaçube e nuk u vra dhe ia doli që të shpëtojë kadalë e të dalë në breg.
Ndërsa poshtë filluen me u përhapë kukama e gjama ose ndëgjohej gjëmim i marrun, ai ndejti i palëvizshëm. Vetëm hesht e mendon. Disa poshtë të lënduem, dhe të zemruem filluen dhe me e sha, por ai as kësaj pune nuk i vuni veshin.
Ata të cilëve tue u rrokollisë u këndoi huti dhe u ndalën ndokund në kaçubë ose dru, filluen me dalë me mundim prej greminës. Dikush theu kambën, dikush dorën, dikush theu kryet dhe gjaku i rridhte nëpër fytyrë. Secili nga diçka, pos prisit, kurrkush i tanë. E shiqojnë prisin mërzitshëm, shtrembët dhe gjimojnë nga dhimba, por ai as kryet nuk e çon. Hesht e mendon, si çdo mendtar!
—
Kaloi ende do kohë. Numri i udhtarëve gjithnji zvoglohej. Çdo ditë e përfshin ndokend; disa e landë nji rrugë të këtillë dhe u kthyen dalë.
Nga numri i madh i udhtarëve mbetën edhe nja njizet. Secilit dëshprimi dhe dyshimi i pasqyrohen në fytyrën e hajthme, të dromitun prej mundimit dhe ujës, por kurrkush nukl flet ma kurrgja. Heshtin si prisi dhe ecin. Madje edhe ail kuvendtari i flakët e luen kryet dëshprueshëm. E randë ka qenë kjo rrugë.
Prej njij dite në tjetrën edhe prej këtyne filloi me u paksue numri dhe mbetën nja dhetë shokë. Fytyrat i kanë edhe ma të dëshrueshme dhe gjatë gjithë rrugës, në vend të bisedave, ndëgjohen kukamë e britem.
Tasht ishin ma tepër përbindsha se njerëz. Ecin me kukza, i kanë varrë duert ndër marhama të lidhuna rreth qafës. Në krye mori lidhcash, pecash e teftikë. E, sikur edhe bash të dojshin me durue flijime të reja, nuk mujshin, sepse në trup nuk pat vend për plagë dhe kontuzione të reja.
Tashma e humbën besimin dhe shpresën edhe ata ma guximtarët ma të qëndrueshmit, por megjithatë ecin, vazhdojnë rrugën, don me thanë lëvizin në njifarë mënyre me mundime të mëdha tue kukatë e gjëmue nga dhimbja. Paj dhe çka u ka mbetë tjetër kur me u kthye s’mujnë. Vallë kaq flijime dhe tash me e pre udhtimin?
U ngrys. Gjindja luhatet ashtu ndër kukza, dhe kur shiquen prisi nuk ishte para tyne. Çitën edhe nga nji hap e të gjithë ranë përsëri në greminë.
— O kuku, kamba!… O kuku, nana ime, dora! Kuku! — filloi me u hapë kukama dhe mandej vetëm rënkime, dënesë dhe gjimime. Nji za i marrun e shau madje dhe prisin e lavdishëm dhe heshti.
—
Kur u gëdhi, prisi rrinte poashtu sikur edhe at ditë kur e zgjodhëm për pris. Kurrfarë ndryshimesh nuk vëreheshin në te.
Nga gremina duel ai kuvendtari dhe mbas tij edhe dy tjerë. Vazhduen rreth vedit kështu të shëmtuem dhe të përgjakun për të pa sa kishin mbetë prej tyne, por veç atyne treve s’gjindej kush tjetër. Friga e vdekjes dhe deshprimi e mbushën shpirtin e tyne. Vend i panjoftun, breguer, gur i thatë dhe rrugë kurrkund. Para dy ditësh kishin kalue nëpër rrugë dhe e kishin lanë. Prisi ashtu i kishte udhëheqë.
Menduen për aq shokë e miq, për aq farefis, që sharruen në kët rrugë çudëbase dhe i kapi nji dëshprim ma i madh se dhimba ndër gjymtyrët e sakatuem. Shiquen me syt e vet shkatrrimin e tyne.
Ai kuvendtari iu afrue prisit dhe filloi me i folë me za të molisun, të dridhshëm plot dhimbje, dëshprim e idhnim.
— Kah do të ia mbajmë?
— Kah po na çon dhe ku na ke pru? Na së bashku me familjet tona të besuem dhe u nisem mbas teje, i lamë shtëpijat e të parëve tonë, që të mujshim me shpëtue prej shkatrrimit n’at krahinë të paplleshme, kurse ti na shkatrrove edhe ma keq. Dyqind familje i kemi pru mbas teje dhe tash numroj edhe sa kemi mbetë!
— Po a nuk jeni topton, a? — mezi foli prisi tue mos e çue kryet.
— Edhe po pyet, a? Çoje kryet, shif, numroj sa kemi mbetë në kët rrugë të pafat! Shiqo si jemi edhe na që kemi mbetë. Ma mirë mos të kishim mbetë se sa të përmendemi në kët shkollë.
— Nuk muj me shique!
— Pse?
— Jam qorr.
Mbretnoi qetsija.
— A në rrugë e ke humbë të pamit, a?
— Jo kam lindë qorr.
Ata tre varrën kryet dëshprueshëm.
Era e vjeshtës ushton tmershëm nëpër mal dhe mer me vedi gjethet e thata, nëpër kodra mbështjellet mjeglla, dhe nëpër ajrin e ftoftë e të lagët shushorojhë krahët e korbave; fillon me u përhapë krrokitja keqndjellse. Dielli asht mshehun mbas reve që rrokuilisen dhe që ngarendin ngutshëm diku larg, larg.
Ata tre shiquen njani tjetrin me frigë si para vdekjes.
— Kah t’ia mbajmë tash? — foli njani me za vorri.
— S’e dijmë.
Burim: Radoje Domanoviq, Satirat, Rilindja, Prishtinë 1960. (Përkth. Mehmet Hoxha)
