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Au fer rouge

J’ai fait un rêve affreux. Ce qui s’y passait ne m’étonne guère. Par contre, je me demande comment j’ai pu avoir la témérité de rêver des choses horribles, moi qui suis un paisible et honnête citoyen, digne rejeton de notre malheureuse et bien-aimée Serbie, comme le sont d’ailleurs tous les autres fils de notre chère patrie. Si encore je faisais exception et me distinguais des autres, mais non, grand Dieu, je me comporte exactement comme tout le monde. Et pas un détail ne m’échappe. Tenez, un jour, dans la rue, je remarquai par terre un bouton qui brillait, tombé de l’uniforme d’un sergent de ville. Son éclat enchanteur me mit aussitôt dans d’aimables dispositions. J’allais passer mon chemin quand ma main fit d’elle-même le salut militaire; ma tête s’inclina avec révérence et sur mes lèvres s’épanouit ce sourire courtois que nous avons habituellement pour nos aînés.

«Le sang qui coule dans nos veines est décidément bien noble!» pensai-je incontinent. À cet instant précis, un malotru qui passait par là marcha par inadvertance sur le bouton.

Ayant gratifié le susdit d’un hargneux «Espèce de rustre!», je crachai avec dégoût sur son passage avant de poursuivre tranquillement ma route. L’idée que les malotrus de cet acabit sont en très petit nombre me consolait, et j’étais fort aise d’avoir, moi, par la grâce de Dieu, un cœur sensible et le noble sang de nos valeureux ancêtres.

Vous savez maintenant la belle âme que je suis, que rien ne distingue de ses honnêtes concitoyens, et c’est à votre tour d’être intrigués: pourquoi faut-il que cela m’arrive à moi, justement à moi, d’avoir en songe des idées aussi affreuses qu’idiotes?

Ce jour-là, il ne se passa rien d’extraordinaire. Je fis un bon dîner, sirotai mon vin, me curai les dents. Après quoi, ayant si courageusement et si consciencieusement accompli tous mes devoirs de citoyen, je me mis au lit avec un peu de lecture, histoire de m’assoupir. Mes vœux furent exaucés: le livre me tomba bientôt des mains et je m’endormis comme un agneau, la conscience tranquille.

Tout d’un coup, je me retrouvai sur une route étroite et boueuse serpentant parmi les monts. Nuit froide, nuit noire. Un vent coupant hurlait dans les branches dénudées. Ciel sombre, hostile, muet. Une fine neige m’entrait dans les yeux, me cinglait la figure. Pas âme qui vive. Je me hâtais sur le chemin plein de boue, glissant à droite, à gauche, trébuchant, tombant; je finis par me perdre. Toute la nuit, et Dieu sait si elle fut longue, interminable, j’errai ainsi à l’aveuglette. Mais sans désemparer, j ’avançai sans savoir où j’allais.

Cela dura de bien nombreuses années et me mena bien loin de mon pays natal, dans une contrée inconnue, un pays étrange dont personne n’a jamais dû entendre parler et qu’on ne saurait sûrement imaginer qu’en rêve.

Sillonnant ce pays, j’arrivai dans une grande ville grouillant de monde. Une foule considérable s’était rassemblée sur la vaste place du marché d’où s’élevait un tapage effroyable, à vous crever les tympans. Je descendis dans une auberge juste en face du marché et demandai au patron la raison de pareille affluence.

— Nous sommes de paisibles et honnêtes gens, commença-t-il. Nous vouons à notre kmet fidélité et obéissance.

— Parce que chez vous, un petit magistrat communal, c’est l’autorité suprême? l’interrompis-je.

— Chez nous, c’est le kmet qui commande, et c’est l’autorité suprême; juste après vient la milice.

Je me mis à rire.

— Qu’est-ce qui te fait rire? Tu ne savais pas? Et tu viens d’où, toi?

Je lui racontai que je venais de la lointaine Serbie et que je m’étais égaré.

Murmurant par devers lui «J’ai entendu parler de ce célèbre pays!», il m’adressa un regard plein de considération avant de poursuivre tout haut:

— C’est comme ça, chez nous. Le kmet commande avec ses hommes de main.

— Et ils sont comment, eux?

— Eh bien tu vois, il y en a de plusieurs sortes, ils se distinguent par leur rang. Il y a les miliciens de première classe et ceux de deuxième… Nous, ici, nous sommes de paisibles et honnêtes gens, mais des alentours arrive toute une canaille qui nous déprave et nous corrompt. Pour qu’on ne nous confonde pas avec les autres, le kmet a ordonné hier à tous les citoyens de se rendre devant le tribunal communal, où ils seront marqués au fer rouge sur le front. Voilà pourquoi le peuple s’est rassemblé: il faut se mettre d’accord sur la suite des opérations.

Je tressaillis et pensai à m’enfuir au plus vite de cet effrayant pays: bien que je fasse un noble Serbe, une telle bravoure ne m’était pas coutumière et j’eus la chair de poule.

Souriant avec indulgence, l’aubergiste me tapota l’épaule. Plein d’orgueil, il déclara:

— Alors, l’étranger, tu n’en mènes pas large!… Il faut dire que notre courage est sans pareil à mille lieues à la ronde!…

— Et qu’est-ce que vous comptez faire? demandai-je timidement.

— Comment ça, qu’est-ce qu’on compte faire? Attends seulement de voir quels héros nous sommes. Notre courage est sans pareil à mille lieues à la ronde, je te l’ai déjà dit. Tu as parcouru d’innombrables pays mais je suis sûr que tu n’as jamais vu de peuple plus héroïque. Allons-y ensemble. Je dois me dépêcher.

Au moment où nous sortions, on entendit une cravache cingler devant la porte.

Passant la tête au-dehors, je ne fus pas déçu par le spectacle: un homme coiffé d’un magnifique tricorne et vêtu d’un habit bariolé[1], à califourchon sur un autre homme portant un classique mais riche costume de ville, s’arrêtait devant l’auberge et descendait de sa monture.

L’aubergiste sortit et salua jusqu’à terre. L’homme en habit bariolé entra dans la salle et s’assit à une table somptueusement dressée. L’homme en costume de ville resta dehors à attendre. Il eut également droit aux prosternations du tavemier.

— Qu’est-ce que ça veut dire? demandai-je, perplexe.

— Voilà, m’expliqua l’aubergiste à voix basse, celui qui vient d’entrer, il est milicien de première classe, et celui-là, c’est l’un des plus éminents citoyens de notre ville, un homme fort riche et un grand patriote.

— Mais enfin, pourquoi est-ce qu’il accepte de porter l’autre sur son dos?

De la tête, l’aubergiste me fit signe et nous nous éloignâmes de quelques pas. Un sourire vaguement condescendant aux lèvres, il déclara:

— Ici, chez nous, c’est considéré comme un honneur dont bien peu sont jugés dignes!…

Il me raconta encore toutes sortes d’histoires mais j’étais trop ébranlé pour comprendre ce qu’il disait. Les derniers mots, par contre, je les entendis parfaitement: «Ce n’est pas donné à n’importe quel peuple de pouvoir et de savoir apprécier un tel service rendu à la patrie!»

Nous arrivâmes au lieu du rassemblement; l’élection du bureau avait déjà commencé.

Comme candidat à la présidence, les uns avaient désigné un certain Kolb, si je me souviens bien du nom; les autres, un certain Talb; un troisième groupe, à son tour, avait son propre candidat.

Dans un branle-bas indescriptible, chaque clan cherchait à imposer son homme.

— Pour présider une assemblée aussi importante que la nôtre, je suis d’avis qu’il n’y a pas de meilleur candidat que Kolb, dit quelqu’un du premier clan. Ses vertus de bon citoyen et sa bravoure nous sont en effet bien connues. Personne parmi nous ne peut se vanter d’avoir été chevauché par les notables plus souvent que lui.

— De quoi tu causes, glapit quelqu’un du deuxième clan, personne ne t’est jamais monté dessus, même pas un stagiaire!

— On les connaît, vos vertus, cria quelqu’un du troisième clan, le moindre coup de cravache et ça se met à pleurnicher!

— Frères, mettons-nous d’accord! commença Kolb. C’est vrai que les hauts dignitaires me montaient déjà souvent sur le dos il y a dix ans, c’est vrai que j’ai reçu leurs coups de cravache sans me lamenter, mais il n’empêche qu’il peut quand même y avoir des gens plus méritants. Il y en a peut-être de plus jeunes et de meilleurs que moi.

— Il n’y en a pas! Il n’y en a pas! entonnèrent ses partisans.

— On ne veut plus entendre parler de ces vieux titres de gloire! Ça fait déjà dix ans que Kolb leur sert de monture! hurlèrent ceux du deuxième clan.

— Place à la jeunesse, les anciens, on les a assez vus! clamèrent ceux du troisième.

Tout à coup, le vacarme se tut; les gens s’écartèrent pour laisser passer un homme d’une trentaine d’années. Dès qu’il apparut, toutes les têtes s’inclinèrent profondément.

— C’est qui? murmurai-je au tavemier.

— Le champion de notre bonne ville. C’est un gars très prometteur. Il a beau être jeune, le kmet en personne lui a déjà grimpé trois fois sur le dos. Sa popularité est sans égale jusqu’à présent.

— C’est peut-être lui qui va être élu? demandai-je.

— Il n’y a pas l’ombre d’un doute, parce que les candidats qu’on a vus jusqu’à maintenant sont tous trop vieux, ils ont fait leur temps, alors que celui-là, pas plus tard qu’hier il portait le kmet sur son dos.

— Il s’appelle comment ?

— Kleard.

On lui accorda la place d’honneur. Kolb prit la parole:

— Je suis d’avis que ce n’est pas la peine de chercher un meilleur candidat que Kleard. Oui bien sûr il est jeune, mais nous les vieux, on ne lui arrive pas à la cheville.

— Exactement! Exactement!… Vive Kleard!… s’exclamèrent toutes les gorges à la fois.

Kolb et Talb l’escortèrent jusqu’au fauteuil de président.

Tout le monde s’inclina de nouveau profondément puis le silence se fit.

— Merci à vous, mes frères, merci de m’avoir aujourd’hui, à l’unanimité, témoigné de si grands égards et rendu un si grand honneur. Je suis plus que flatté d’avoir désormais entre les mains vos espérances. En ces jours décisifs, présider aux volontés du peuple n’est pas une tâche aisée, mais je mettrai toutes mes forces dans la bataille pour justifier votre confiance, défendre partout vos intérêts avec dévouement et maintenir ma réputation au niveau qu’elle mérite. Merci de m’avoir élu.

— Vivat! Vivat! Vivat! entendit-on de tous côtés.

— Et maintenant, chers frères, permettez-moi de dire quelques mots sur cet événement capital. Il ne sera pas facile d’endurer les souffrances qui nous attendent; il ne sera pas facile de tenir bon pendant qu’on nous marque au fer rouge. Non, supporter de telles souffrances n’est pas à la portée de n’importe qui. Que les poltrons tremblent de peur! Qu’ils blêmissent! Quant à nous, n’oublions pas une seule minute que nous sommes les descendants de vaillants ancêtres, que dans nos veines coule le sang noble et héroïque de nos aïeux, ces preux chevaliers qui n’ont pas même grincé des dents à l’heure où ils mouraient pour notre liberté et notre bien à tous. Les souffrances qui nous attendent ne sont rien à côté des leurs, et ce n’est pas maintenant que nous vivons dans le bien-être et l’opulence que nous allons flancher et nous montrer lâches! Le vrai patriote, celui qui ne veut pas que son peuple se couvre de honte à la face du monde, celui-là supportera stoïquement la douleur.

— Bien dit! Vivat! Vivat!

Quelques autres orateurs pleins d’ardeur vinrent encourager la foule apeurée, en usant à peu de chose près des mêmes termes que Kleard.

Un vieillard livide, à bout de forces, demanda alors la parole. Il avait le visage sillonné de rides, les cheveux et la barbe blancs comme neige. Ses jambes ployaient sous le poids des années, son dos était voûté, ses mains tremblaient. Sa voix chevrotait, ses yeux larmoyaient.

— Mes enfants, commença-t-il, et les grosses larmes qui roulaient sur ses joues pâles et ridées tombaient sur sa blanche barbe, je me porte mal et vais bientôt trépasser, mais il me semble qu’il vaut mieux ne pas tolérer pareille infamie. J’ai vécu pendant cent ans et je m’en suis bien passé… ce n’est pas pour qu’on vienne maintenant frapper du sceau de l’esclavage ma tête chenue et exténuée…

— À bas ce vieux misérable! aboya le président.

— À bas! criaient les uns.

— Vieux lâche! criaient les autres.

— Il devrait encourager les jeunes, au lieu de quoi il vient effrayer le peuple! criaient les troisièmes.

— Honte à ses cheveux blancs! Malgré sa longue vie, il faut encore qu’il ait peur de quelque chose! Nous, les jeunes, nous sommes intrépides! criaient les quatrièmes.

— Sus au couard!

— Qu’on le jette dehors!

— Sus! Sus!

La foule des jeunes intrépides, au comble de l’excitation, se rua sur le cacochyme vieillard et, fulminant, se mit à lui taper dessus et à le traîner dehors.

C’est tout juste s’ils finirent par le laisser partir, à cause de son grand âge; sans cela, ils l’auraient lapidé.

Tous firent le serment et donnèrent leur parole que, le lendemain, ils couvriraient de gloire le nom de leur peuple et se conduiraient en braves.

L’assemblée se dispersa dans l’ordre le plus parfait. On pouvait entendre dire:

— Demain, tout le monde saura de quel bois on se chauffe!

— Demain, on les verra, les fiers-à-bras!

— Il est temps de montrer qui vaut quelque chose et qui ne vaut rien! Il y en a assez que n’importe quel minable se vante d’être un héros!

Je m’en retournai à l’hôtel.

—  Tu as vu de quel bois on se chauffe? demanda fièrement l’aubergiste.

—  J’ai vu, répondis-je d’un ton absent.

Je n’avais plus de force et des impressions étranges bourdonnaient dans ma tête.

Ce même jour, je lus dans leurs journaux un éditorial rédigé en ces termes:

«Citoyens, l’heure a sonné! Les temps des vains éloges, des forfanteries des uns ou des autres, des paroles creuses dont nous usons à satiété pour exalter nos prétendues vertus et nos prétendus mérites sont révolus! L’heure a sonné de faire nos preuves une fois pour toutes! De montrer qui vaut vraiment quelque chose et qui ne vaut rien! Et nous comptons bien qu’il n’y aura pas, parmi nous, de ces infâmes poltrons que les autorités devraient traîner de force à l’endroit où le marquage au fer rouge aura lieu. Celui qui sent couler dans ses veines ne serait-ce qu’une goutte du sang valeureux de nos ancêtres, celui-là aura à cœur de venir au plus tôt s’exposer aux souffrances, il aura à cœur de supporter la douleur avec calme et sans fléchir, car cette sainte douleur est le sacrifice qu’exigent la patrie et le bien commun. En avant, citoyens, la grande épreuve est pour demain!…»

Ce jour-là, mon tavernier se coucha tout de suite après la réunion; il devait se lever tôt le lendemain pour arriver aux premières heures devant le tribunal. De leur côté, nombre de ses concitoyens s’y rendirent sans attendre afin d’y prendre la meilleure place possible.

Au petit matin, je pris à mon tour le chemin du tribunal. Toute la ville s’y pressait, petits et grands, hommes et femmes, et jusqu’aux petits enfants que leurs mères portaient dans leurs bras. Eux aussi, on allait les marquer du sceau de l’esclavage, haute distinction qui leur donnerait, plus tard, un droit prioritaire aux meilleurs emplois dans les services de l’État.

On se poussait, on jurait (à cet égard, ils nous ressemblent un peu, à nous les Serbes, cela me fit chaud au cœur), c’était à qui parviendrait le premier devant la porte. Il y en eut même quelques-uns pour en venir aux mains.

Vêtu d’un habit de cérémonie immaculé, le fonctionnaire chargé de procéder au marquage chapitrait gentiment son monde:

— Doucement, que diable, chacun aura son tour, vous n’êtes quand même pas du bétail pour vous disputer comme ça!

Le fer était rouge, l’opération commença. Certains hurlèrent, d’autres ne firent que gémir, en tout cas personne, tant que je fus présent, ne réussit à tenir bon sans broncher.

Je ne pus longtemps regarder ce calvaire et m’en retournai à l’auberge. Un petit groupe s’y était déjà attablé, qui buvait et cassait une petite croûte.

— Ouf, le plus dur est fait! dit l’un.

— Pardi! nous, on n’a pas tellement pleurniché, mais Talb, il a braillé comme un âne!… dit un autre.

— Ah, le voilà bien, ton Talb, et dire qu’hier vous vouliez qu’il préside l’assemblée!

— On ne pouvait pas savoir, personne ne le connaissait!

Tout en discutant, ils geignaient et se tortillaient de douleur, mais ils le dissimulaient tant bien que mal: chacun d’eux aurait eu honte d’apparaître comme un lâche.

Kleard se couvrit d’indignité pour avoir gémi tandis qu’un certain Lear[2] se distingua par son héroïsme: il exigea qu’on lui fît deux marques au fer rouge et ne laissa pas échapper le moindre son. La ville entière ne parlait que de lui, avec le plus grand respect.

Il y en eut quelques-uns pour prendre la fuite; ceux-là furent couverts d’opprobre.

Quelques jours plus tard, celui qui portait deux sceaux sur le front se promenait, la tête haute, drapé dans sa dignité et son orgueil, auréolé de gloire, respirant la fierté; où qu’il passât, absolument tout le monde s’inclinait et mettait chapeau bas devant le héros du jour.

Hommes, femmes, enfants, tous couraient après lui dans les mes pour voir le très illustre citoyen. Partout, un murmure de vénération se répandait sur son passage: «Lear, Lear!… C’est lui! C’est le héros qui s’est laissé marquer par deux fois, sans une plainte, sans un soupir!» Les journaux l’encensaient, le glorifiaient passionnément.

Il avait bien mérité l’amour du peuple tout entier.

Ces louanges résonnaient de tous côtés, tant et si bien que l’héroïque sang serbe se mit à bouillonner dans mes veines. Nous aussi, nous avions pour ancêtres des héros qui, eux aussi, étaient morts pour la liberté, suppliciés sur le pal; nous aussi, nous avions un héroïque passé et notre héroïque Kosovo. Ivre de fierté nationale, exalté à l’idée de couvrir mon peuple de gloire, je me précipitai devant le tribunal où je m’écriai:

— Quels sont donc les mérites de votre Lear?… De vrais héros, vous n’en avez encore jamais rencontrés! Attendez seulement de voir la noblesse du sang serbe! Marquez-moi au fer dix fois, pas seulement deux!

Le fonctionnaire en habit immaculé approcha de mon front le fer chauffé au rouge. Je tressaillis… et me réveillai.

Inquiet, j’ai tâté mon front; grâce au ciel, je n’avais rien. Quelles histoires saugrenues ne va-t-on pas rêver!

«Il s’en est fallu de peu que je ne ternisse la gloire de leur Lear!» Sur cette pensée, je me suis retourné avec contentement dans mon lit, mais j’avais comme un vague regret que le rêve ne fut pas allé jusqu’à son terme.

 

Source: Domanović, Radoje, Au fer rouge, Non lieu, Paris, 2008 (traduit par Ch. Chalhoub).

 

[1] Référence à l’uniforme de la milice qui dépendait du kmet: tricorne, veste et pantalon de couleurs différentes. (N.d.T.)

[2] Ce nom imaginé par Domanović (et qui se prononce Lé-ar) ne doit pas évoquer le roi Lear de Shakespeare. (N.d.T.)

Das Brandmal

Ich hatte einen furchtbaren Traum. Ich wunderte mich nicht so sehr über den Traum selbst als über meinen Mut, so fürchterliche Dinge zu träumen, da ich doch ein stiller und redlicher Bürger Serbiens bin. Wäre ich wenigstens eine Ausnahme unter meinen Mitbürgern! Ich bin es gar nicht; ich gleiche allen anderen aufs Haar, ja, ich kann sogar behaupten, daß ich noch vorsichtiger bin als sie. Einmal sah ich auf der Straße den abgerissenen Knopf einer Polizeiuniform liegen; ich starrte fasziniert auf seinen zauberhaften Glanz und wollte, braver Gedanken voll, gerade an ihm Vorbeigehen, als es in mir jäh einen Ruck gab. Ich verneigte mich ehrfürchtig und setzte schnell das süße, untertänige Lächeln auf, mit dem man die Obrigkeit zu grüßen pflegt.

Alle Achtung! dachte ich. In meinen Adern fließt wirklich edles Blut. Mit einem verachtungsvollen Blick strafte ich einen Lümmel, der gerade des Weges kam und mit seinem schmutzigen Stiefel auf den Knopf trat.

„Dreckfink!“ rief ich zornig und spuckte vor ihm aus. Dann ging ich beruhigt weiter und tröstete mich mit dem Gedanken, daß es nur wenige solcher Lümmel in unserem Lande gibt. Ich war von der Gewißheit erfüllt, daß mir der liebe Gott ein empfindsames Herz und edles Heldenblut beschert hat, dasselbe, das auch in den Adern meiner Vorfahren geflossen ist.

Sie sehen, ich bin wirklich ein netter Mensch, der sich in nichts von anderen Bürgern unterscheidet. Auch Sie werden sich wundern, wieso gerade mir so dumme und grausame Dinge im Traum widerfahren.

An diesem Tag ereignete sich nichts Besonderes. Ich aß ausgiebig zu Abend, stocherte eine Zeitlang in den Zähnen und trank dazu langsam meinen Wein. Nachdem ich auf diese Weise von meinen bürgerlichen Rechten mutig Gebrauch gemacht hatte, legte ich mich ins Bett und nahm ein Buch zur Hand, um schneller einschlafen zu können. Wirklich fiel mir das Buch bald aus der Hand, und ich schlief ein wie ein Lamm, ruhigen Gewissens, weil ich an diesem Tag all meine Pflichten aufs genaueste erfüllt hatte.

Plötzlich befand ich mich auf einem schmutzigen und steilen Pfad, mitten in klarer, dunkler Nacht. Der Wind pfiff durch kahle Äste und stach mich in die bloße Haut. Von dem stummen, grausamen Himmel wehte mir ein feines Schneegeriesel ins Gesicht und in die Augen. Nirgends eine Seele! Ich beeilte mich und rutschte wiederholt aus auf diesem schlammigen Weg. Ich stürzte, richtete mich wieder auf und irrte, wer weiß wohin; die Nacht war keine gewöhnliche Nacht, sondern eine unendliche Nacht, wie ein ganzes Jahrhundert.

So ging ich viele Jahre, der Weg führte mich weit weg von meiner Heimat, in ein unbekanntes, seltsames Land, von dem kein Mensch weiß und das man nur im Traum betritt.

Auf dem Irrweg durch dieses Land kam ich in eine große, dichtbevölkerte Stadt. Auf dem geräumigen Marktplatz dieser Stadt hatte sich eine große Menschenmenge angesammelt und machte so entsetzlichen Lärm, daß einem die Ohren gellten. Ich kehrte in einem Gasthaus ein und fragte den Wirt, warum diese Menge sich angesammelt habe.

„Wir sind ruhige, anständige Leute“, begann er. „Wir dienen treu und gehorsam unserem Gemeindediener.“

„Ist bei euch der Gemeindediener der Höchste?“ unterbrach ich ihn.

„Ja, bei uns regiert der Gemeindediener; nach ihm kommen die Gendarmen.“

Ich begann zu lachen.

„Warum lachst du? Hast du das nicht gewußt? Woher kommst du?“

Ich erzählte ihm, daß ich mich verirrt hatte und daß ich aus dem fernen Land Serbien kam.

„Ich habe schon von diesem berühmten Land gehört“, flüsterte er und sah mich voller Respekt an. Dann fügte er laut hinzu: „So ist es also bei uns. Der Gemeindediener regiert mit seinen Gendarmen.“

„Was für Gendarmen sind denn das?“

„Gendarmen? Deren gibt es verschiedene, sie unterscheiden sich voneinander je nach dem Rang. Es gibt Vorgesetzte und Untergebene… Wir sind, wie gesagt, ruhige und anständige Leute, aber aus der Umgebung kommt allerhand Gelichter in die Stadt, um uns zu verderben und Böses zu lehren. Damit unsere Bürger sich von allen anderen schon äußerlich unterscheiden, hat unser Gemeindediener für morgen alle Einwohner der Stadt ins Rathaus befohlen, wo jedem ein Brandmal auf die Stirn gedrückt werden wird… Die Menge hat sich nun versammelt, um zu beraten, was geschehen soll.“

Ich erschauerte und nahm mir vor, aus diesem furchtbaren Land zu fliehen, weil ich — obgleich ein edler Serbe — an solches Heldentum nicht gewöhnt war und mich dessen schämte.

Der Wirt lächelte wohlwollend und klopfte mir auf die Schulter.

„Na, Fremder? Du bist doch nicht etwa erschrocken?“ fragte er hochmütig. „Na ja, soviel Mut wie bei uns haben die Leute nirgends.“

„Was gedenkt ihr zu tun?“ fragte ich kleinlaut.

„Du wirst schon sehen, was für Helden wir sind. Ich bin weit herumgekommen, aber soviel Courage habe ich nirgends gefunden. Komm mit; ich muß mich jetzt beeilen.“

Wir wollten gerade weggehen, als vor der Tür ein Peitschenknall erscholl. Ich spähte hinaus und sah, wie ein Mann in einem bunten Anzug und mit reichgeschmücktem Dreispitz auf einem anderen Mann ritt, der einen gutgeschnittenen bürgerlichen Anzug trug; sie hielten vor dem Gasthaus, der Mann mit dem Dreispitz trat ein und setzte sich an einen besonders schön gedeckten Tisch. Der Wirt verneigte sich bis zur Erde, zuerst vor ihm, dann auch — etwas weniger tief — vor dem Mann im bürgerlichen Anzug, der draußen wartete.

„Was bedeutet das?“ fragte ich verwirrt.

„Der Herr mit dem Dreispitz ist ein höherer Gendarm“, flüsterte der Wirt, „und der Mann, der draußen steht, ist einer der angesehensten Bürger unserer Stadt. Er ist sehr reich und ein großer Patriot.“

„Warum erlaubt er dann, daß der Dreispitz auf ihm reitet?“

Der Wirt zog mich etwas auf die Seite, lächelte überlegen und sagte: „Bei uns betrachtet man das als eine Ehre, die einem selten zuteil wird.“

Er erzählte mir noch eine Menge, aber ich konnte in meiner Aufregung nichts behalten; nur die letzten Worte blieben mir im Ohr: „Das ist ein großer Dienst am Vaterland, den nicht jedes Volk zu schätzen weiß.“

Wir kamen zur Versammlung, als man gerade im Begriff war, das Ehrenpräsidium zu wählen. Die eine Gruppe hatte einen gewissen Kolb als Kandidaten aufgestellt, eine andere einen gewissen Talb und die dritte einen Kandidaten, an dessen Namen ich mich nidit erinnere. Es entstand großer Tumult, weil jede Gruppe unbedingt ihren Mann durchsetzen wollte.

„Ich glaube, daß man als Präsidenten einer so wichtigen Versammlung keinen besseren Mann finden kann als Kolb“, sagte einer aus der ersten Gruppe. „Seine bürgerlichen Tugenden und sein Mut sind uns allen wohlbekannt. Ich glaube, auf keinem anderen sind unsere Häuptlinge so oft geritten wie auf ihm.“

„Was sprichst du da?“ zischte einer aus der zweiten Gruppe. „Auf dir ist nicht einmal ein Praktikant geritten!“

„Wir kennen eure Tugenden!“ schrie einer aus der dritten Gruppe. „Ihr habt nicht einen einzigen Peitschenhieb ausgehalten, ohne zu winseln!“

„Brüder!“ begann Kolb. „Einigen wir uns! Es ist wahr — auf mir sind unsere Würdenträger schon vor zehn Jahren geritten, sie haben mich tüchtig mit der Peitsche traktiert, und ich habe nicht geschrien. Aber vielleicht gibt es verdienstvollere Leute unter uns, jüngere Kräfte.“

„Es gibt keine!“ schrien seine Anhänger.

„Wir wollen nichts von früheren Verdiensten hören!“ schrie einer aus der zweiten Gruppe. „Es ist schon zehn Jahre her, daß ein Höherer auf Kolb geritten ist!“

„Es gibt jüngere Kräfte!“ schrie die dritte Gruppe. „Wir wollen von den Alten nichts mehr wissen!“

Die Menge verstummte plötzlich und bildete eine Gasse, durch die ein junger Mann von etwa dreißig Jahren geschritten kam. Alle, an denen er vorbeiging, verbeugten sich tief.

„Wer ist das?“ fragte ich den Wirt.

„Der Erste unter den Bürgern. Ein noch junger, aber vielversprechender Mann. Trotz seiner Jugend ist der Gemeindediener schon dreimal auf ihm geritten. Er ist sehr populär.“

„Vielleicht fällt die Wahl auf ihn.“

„Das ist mehr als sicher. Alle bisherigen Kandidaten sind schon ältere Leute, über die die Zeit schon hinweggegangen ist. Auf dem Jungen ist der Gemeindediener erst gestern geritten!“ Und er fügte ehrfürchtig hinzu: „Er heißt Kleard.“

Man ließ Kleard den Ehrenplatz.

„Ich glaube“, unterbrach Kolb die Stille, „daß wir keinen besseren Mann zum Präsidenten bekommen können als Kleard. Er ist jung, und die Älteren unter uns können sich bei weitem nicht mit ihm messen.“

„So ist es! Es lebe Kleard!“ rief die Menge.

Kolb und Talb führten ihn zum Präsidentenpodium. Alle verneigten sich tief.

„Ich danke euch, Brüder“, sagte Kleard, „für eure Aufmerksamkeit und für diese hohe Ehre, die ihr mir heute einhellig erwiesen habt. Die Hoffnungen, die ihr in mich gesetzt habt, sind sehr schmeichelhaft. Es ist nicht leicht, die Wünsche des Volkes in diesen schweren Tagen in die Tat umzusetzen. Aber ich werde mich mit allen Kräften bemühen, euer Vertrauen zu rechtfertigen; ich werde euch überall würdig vertreten und mein Ansehen hochhalten. Ich danke euch, Brüder, für die Wahl.“

„Er lebe! Er lebe! Er lebe!“ donnerte es von allen Seiten.

„Gestattet mir, Brüder, euch nun einiges über das bevorstehende wichtige Ereignis zu sagen. Es ist nicht leicht, all die Schmerzen und Qualen, die uns erwarten, zu ertragen; es ist nicht angenehm, wenn einem mit glühendem Eisen ein Brandmal auf die Stirn gedrückt wird. Ja, diesen Qualen ist nicht jeder gewachsen. Die Feiglinge mögen zittern und vor Angst erbleichen, wir aber werden in keinem Augenblick vergessen, daß wir Nachkommen unserer großen Vorfahren sind und daß in unseren Adern das edle Heldenblut unserer Urgroßväter fließt, jener furchtlosen Ritter, die nicht einmal mit den Zähnen knirschten, als sie für die Freiheit und für unser aller Wohl starben. Gering sind unsere Schmerzen, verglichen mit ihren Opfern. Sollen wir uns als dekadent und feig erweisen, jetzt, da wir in Freiheit und Überfluß leben? Jeder echte Patriot wird es nicht zulassen, daß unsere Art sich vor aller Welt mit Schande bedeckt, er wird darum die Schmerzen männlich und gefaßt ertragen.“

„So ist es! Er lebe! Er lebe!“

Es meldeten sich noch einige feurige Redner, die mit denselben Worten wie Kleard das eingeschüchterte Volk ermutigten. Dann meldete sich ein blasser, erschöpfter Greis mit zerfurchtem Gesicht und schneeweißem Haar und Bart. Er ging gebückt, und vor Altersschwäche zitterten ihm Knie und Hände. Seine Stimme bebte, und in seinen Augen glänzten Tränen.

„Kinder!“ begann er, und die Tränen rollten ihm durch die Gesichtsfurchen in den weißen Bart. „Ich werde bald sterben, aber ich werde diese Schande nicht über mich ergehen lassen! Ich habe hundert Jahre ohne ein Sklavenmal gelebt, und jetzt soll ich es mir auf meinen grauen Schädel drücken lassen?“

„Nieder mit dem alten Halunken!“

„Nieder mit ihm!“ schrien die einen.

„Der alte Feigling!“ schrien die anderen.

„Statt die Jüngeren zu ermutigen, erschreckt er nur das Volk!“ schrien die dritten. „Er soll sich seines grauen Hauptes schämen!“

„Er hat lange genug gelebt, und jetzt hat er noch Angst!“

„Nieder mit dem Feigling! Verräter! Hinaus mit ihm!“

Die aufgeregte Menge junger, mutiger Bürger stürzte sich auf den ausgemergelten Greis und begann in ihrem Zorn, ihn zu schlagen und über den Boden zu schleifen. Nur wegen seines hohen Alters ließen sie ihn am Leben.

Danach schworen alle, daß sie sich am nächsten Tag mit freudigem Gesicht und voller Stolz auf ihre Menschenart das Brandmal aufdrücken lassen würden. Die Versammlung ging in größter Ordnung auseinander.

„Morgen werden wir zeigen, wer wir sind!“

„Morgen werden wir sehen, wie sich die Großmäuler benehmen!“

„Es ist die Zeit gekommen, da jeder zeigen muß, ob er etwas wert ist oder nicht, da die Spreu vom Weizen geschieden wird!“

Ich ging zurück ins Wirtshaus.

„Hast du nun gesehen, wer wir sind?“ fragte stolz der Wirt.

„Ich habe es gesehen“, antwortete ich mechanisch und spürte, wie mich die Kräfte verließen und wie mir der Kopf von den seltsamen Eindrücken brummte.

Am gleichen Tag las ich in der Zeitung einen Leitartikel folgenden Inhalts:

„Bürger! Die Zeit des leeren Geredes ist vorbei! Der Augenblick, da Ihr Euren Wert mit Taten beweisen müßt, ist gekommen! Wir hoffen, daß es unter Euch nicht allzu viele Feiglinge geben wird, die darauf warten, von den Behörden mit Gewalt dorthin gebracht zu werden, wo das Brandmal aufgedrückt wird. Jeder, der in sich noch einen Tropfen vom Heldenblut unserer Vorfahren spürt, wird sich zum Brandmal drängen! Er wird voll Stolz den Schmerz ertragen, denn es ist der Schmerz des Nationalbewußtseins und der Liebe zum Vaterland! Vorwärts, Bürger, zum Morgen der ritterlichen Bewährung!“

Mein Wirt hatte sich gleich nach der Versammlung niedergelegt, um am nächsten Tag schon in aller Frühe aufbrechen zu können.

Viele ließen sieb schon am Abend vor dem Rathaus nieder, um sich die ersten Plätze zu sichern.

Am nächsten Tag ging auch ich vors Rathaus. Groß und klein, Männer und Frauen hatten sich auf dem Platz niedergelassen. Einige Mütter trugen auch ihre Kleinsten auf den Armen, um sie mit dem Sklavenmal, pardon, mit dem Ehrenmal brandmarken zu lassen, damit sie später leichter in den Staatsdienst kommen könnten.

Man drängte sich und schimpfte (darin glichen sie ein wenig uns Serben), stieß mit den Ellbogen, um früher an die Reihe zu kommen. Einige würgten einander.

Das Brandmal drückte ein Beamter in feierlich weißer Kleidung auf.

„Langsam, um Gottes willen!“ beruhigte er das Volk. „Jeder wird an die Reihe kommen. Warum drängt ihr euch so? Ihr seid doch kein Vieh!“

Es ging sehr schnell. Der eine schrie auf, der andere stöhnte nur, aber keiner blieb ganz still.

Ich konnte diese Quälerei nicht länger mit ansehen und ging ins Wirtshaus, in dem schon einige Gebrandmarkte aßen und tranken.

„Jetzt haben wir es hinter uns!“ sagte einer.

„Wir haben nicht einmal gemuckst, und Talb hat geschrien wie ein Esel!“ sagte ein zweiter.

„Da hast du deinen Talb! Und gestern wolltest du ihn zum Präsidenten wählen!“

„Wer hätte das auch ahnen können!“

Während sie sprachen, wanden sie sich in Schmerzen und stöhnten, aber jeder schämte sich vor dem anderen.

Auch Kleard hatte sich nicht bewährt; er hatte gestöhnt. Aber ein anderer, ein gewisser Lear, hatte sich als Held ausgezeichnet. Er hatte von dem Beamten verlangt, ihm zwei Brandmale aufzudrücken. Die ganze Stadt sprach mit größter Hochachtung von ihm. Einige Tage lang ging er mit seinen zwei Brandmalen auf der Stirn stolz und hochmütig, voll Ruhm und von allen bestaunt, durch die Stadt. Er war der Held des Tages. Die Mütter zeigten ihn ihren Kindern und flüsterten ehrfurchtsvoll: „Das ist Lear! Der Held, der nicht gemuckst hat, als man ihm zwei Brandmale auf die Stirn drückte!“ Die Zeitungen schrieben voller Lob über ihn und brachten sein Bild auf der ersten Seite.

Als ich diese Lobgesänge hörte, begann das serbische Heldenblut in mir zu kochen. Auch unsere Vorfahren sind für die Freiheit gepfählt worden! Auch wir haben eine ruhmreiche Vergangenheit! Der Nationalstolz nahm von mir Besitz, und die Eifersucht trieb mich zum Rathaus, wo ich die Ehre meines Volkes retten wollte.

„Was lobt ihr euren Lear?“ schrie ich. „Ihr habt noch nie einen richtigen Helden gesehen! Drückt mir zehn Brandmale auf die Stirn!“

Der Beamte im weißen Anzug beugte sich über mich, er hielt das glühende Eisen schon in der Hand, aber in diesem Augenblick erwachte ich. Ich ärgerte mich entsetzlich. Ausgerechnet in dem Augenblick, da ich Lears Ruhm verdunkeln wollte, mußte mir das passieren!

 

Quelle: Dor, Milo (red.), Ein Orden für Argil: Jugoslawien in Erzählungen seiner besten zeitgenössischen Autoren, Horst Erdmann Verlag,  Lenningen 1965. (Übersetzt von Milo Dor und Reinhard Federmann)

Danga

I had an awful dream. I do not wonder so much at the dream itself, but I wonder how I could find the courage to dream about awful things, when I am a quiet and respectable citizen myself, an obedient child of our dear, afflicted mother Serbia, just like all her other children. Of course, you know, if I were an exception in anything, it would be different, but no, my dear friend, I do exactly the same as everybody else, and as to being careful in everything, nobody can quite match me there. Once I saw a shiny button of a policeman’s uniform lying in the street, and I stared at its magic glow, almost on the point of passing by, full of sweet reminiscences, when suddenly, my hand began to tremble and sprang to a salute; my head bowed to the earth of itself, and my mouth spread into that lovely smile which we all wear when greeting our superiors.

—  Noble blood runs in my veins — that’s what it is! — This is what I thought at that moment and I looked with disdain at the passing brute who carelessly stepped on the button.

— A brute! — I said bitterly, and spat, and then quietly walked on, consoled by the thought that such brutes are few; and I was particularly glad that God had given me a refined heart and the noble, chivalrous blood of our ancestors.

Well, you can see now what a wonderful man I am, not at all different from other respectable citizens, and you will no doubt wonder how such awful and foolish things could occur in my dreams.

Nothing unusual happened to me that day. I had a good dinner and afterwards sat picking my teeth at leisure; sipping my wine, and then, having made such a courageous and conscientious use of my rights as a citizen, I went to bed and took a book with me in order to go to sleep more quickly.

The book soon slipped from my hands, having, of course, gratified my desire and, all my duties done, I fell asleep as innocent as a lamb.

All at once I found myself on a narrow, muddy road leading through mountains. A cold, black night. The wind howls among barren branches and cuts like a razor whenever it touches naked skin. The sky black, dumb, and threatening, and snow, like dust, blowing into one’s eyes and beating against one’s face. Not a living soul anywhere. I hurry on and every now and then slip on the muddy road to the left, to the right. I totter and fall and finally lose my way, I wander on — God knows where — and it is not a short, ordinary night, but as long as a century, and I walk on all the time without knowing where.

So I walked on for very many years and came somewhere, far, far away from my native country to an unknown part of the world, to a strange land which probably nobody knows of and which, I am sure, can be seen only in dreams.

Roaming about the land I came to a big town where many people lived. In the large market-place there was a huge crowd, a terrible noise going on, enough to burst one’s ear-drum. I put up at an inn facing the market-place and asked the landlord why so many people had gathered together…

— We are quiet and respectable people, — he began his story, — we are loyal and obedient to the Mayor.

— The Mayor is not your supreme authority, is he? — I asked, interrupting him.

— The Mayor rules here and he is our supreme authority; the police come next.

I laughed.

—  Why are you laughing? … Didn’t you know? … Where do you come from?

I told him how I had lost my way, and that I came from a distant land—Serbia.

— I’ve heard about that famous country! — whispered the landlord to himself, looking at me with respect, and then he spoke aloud:

— That is our way, — he went on, —  the Mayor rules here with his policemen.

— What are your policemen like?

— Well, there are different kinds of policemen—they vary, according to their rank. There are the more distinguished and the less distinguished… We are, you know, quiet and respectable people, but all kinds of tramps come from the neighbourhood, they corrupt us and teach us evil things. To distinguish each of our citizens from other people the Mayor gave an order yesterday that all our citizens should go to the Town Hall, where each of us will have his forehead stamped. This is why so many people have got together: in order to take counsel what to do.

I shuddered and thought that I should run away from this strange land as quickly as I could, because I, although a Serb, was not used to such a display of the spirit of chivalry, and I was a little uneasy about it!

The landlord laughed benevolently, tapped me on the shoulder, and said proudly:

— Ah, stranger, is this enough to frighten you? No wonder, you have to go a long way to find courage like ours!

— And what do you mean to do? — I asked timidly.

— What a question! You will see how brave we are. You have to go a long way to find courage like ours, I tell you. You have travelled far and wide and seen the world, but I am sure you have never seen greater heroes than we are. Let us go there together. I must hurry.

We were just about to go when we heard, in front of the door, the crack of a whip.

I peeped out: there was a sight to behold—a man with a shining, three-horned cap on his head, dressed in a gaudy suit, was riding on the back of another man in very rich clothes of common, civilian cut. He stopped in front of the inn and the rider got down.

The landlord went out, bowed to the ground, and the man in the gaudy suit went into the inn to a specially decorated table. The one in the civilian clothes stayed in front of the inn and waited. The landlord bowed low to him as well.

— What’s all this about? — I asked the landlord, deeply puzzled.

— Well, the one who went into the inn is a policeman of high rank, and this man is one of our most distinguished citizens, very rich, and a great patriot, — whispered the landlord.

— But why does he let the other one ride on his back?

The landlord shook his head at me and we stepped aside. He gave me a scornful smile and said:

— We consider it a great honour which is seldom deserved! — He told me a great many things besides, but I was so excited that I could not make them out. But I heard quite clearly what he said at the end: — It is a service to one’s country which all nations have still not learned to appreciate!

We came to the meeting and the election of the chairman was already in progress.

The first group put up a man called Kolb, if I remember the name rightly, as its candidate for the chair; the second group wanted Talb, and the third had its own candidate.

There was frightful confusion; each group wanted to push its own man.

— I think that we don’t have a better man than Kolb for the chair of such an important meeting, — said a voice from the first group, — because we all know so well his virtues as a citizen and his great courage. I do not think there is anybody among us here who can boast of having been ridden so frequently by the really important people…

— Who are you to talk about it, — shrieked somebody from the second group. — You have never been ridden on by a junior police clerk!

— We know what your virtues are, — cried somebody from the third group. — You could never suffer a single blow of the whip without howling!

— Let us get this straight, brothers! — began Kolb. — It is true that eminent people were riding on my back as early as ten years ago; they whipped me and I never gave a cry, but it may well be that there are more deserving ones among us. There are perhaps younger better ones.

— No, no, — cried his supporters.

— We don’t want to hear about out-of-date honours! It’s ten years since Kolb was ridden on, — shouted the voices from the second group.

— Young blood is taking over, let old dogs chew old bones, — called some from the third group.

Suddenly there was no more noise; people moved back, left and right, to clear a path and I saw a young man of about thirty. As he approached, all heads bowed low.

— Who is this? — I whispered to my landlord.

— He is the popular leader. A young man, but very promising. In his early days he could boast of having carried the Mayor on his back three times. He is more popular than anybody else.

— They will perhaps elect him? — I inquired.

— That is more than certain, because as for all the other candidates — they are all older, time has overtaken them, whereas the Mayor rode for a little while on his back yesterday.

— What is his name?

— Kleard.

They gave him a place of honour.

— I think, — Kolb’s voice broke the silence, — that we cannot find a better man for this position than Kleard. He is young, but none of us older ones is his equal.

— Hear, hear! … Long live Kleard! … — all the voices roared.

Kolb and Talb took him to the chairman’s place. Everybody made a deep bow, and there was utter silence.

— Thank you, brothers, for your high regard and this honour you have so unanimously bestowed upon me. Your hopes, which rest with me now, are too flattering. It is not easy to steer the ship of the nation’s wishes through such momentous days, but I will do everything in my power to justify your trust, to represent honestly your opinion, and to deserve your high regard for me. Thank you, my brothers, for electing me.

— Hurrah! Hurrah! Hurrah! — voters thundered from all sides.

— And now, brothers, I hope you will allow me to say a few words about this important event. It is not easy to suffer such pains, such torments as are in store for us; it is not easy to have one’s forehead branded with hot iron. Indeed, no — they are pains which not all men can endure. Let the cowards tremble, let them blench with fear, but we must not forget for a moment that we are sons of brave ancestors, that noble blood runs in our veins, the heroic blood of our grandfathers, the great knights who used to die without batting an eyelid for freedom and for the good of us all, their progeny. Our suffering is slight, if you but think of their suffering — shall we behave like members of a degenerate and cowardly breed now that we are living better than ever before? Each true patriot, everyone who does not want to put our nation to shame before all the world, will bear the pain like a man and a hero.

— Hear! Hear! Long live Kleard!

There were several fervent speakers after Kleard; they encouraged the frightened people and repeated more or less what Kleard had said.

Then a pale weary old man, with a wrinkled face, his hair and beard as white as snow, asked to speak. His knees were shaking with age, his hands trembling, his back bent. His voice quavered, his eyes were bright with tears.

— Children, — he began, with tears rolling down his white, wrinkled cheeks and falling on his white beard, — I am miserable and I shall die soon, but it seems to me that you had better not allow such shame to come to you. I am a hundred years old, and I have lived all my life without that! … Why should the stamp of slavery be impressed on my white and weary head now ? …

— Down with that old rascal! — cried the chairman.

— Down with him! — others shouted.

— The old coward!

— Instead of encouraging the young, he is frightening everybody!

— He should be ashamed of his grey hairs! He has lived long enough, and he can still be scared — we who are young are more courageous…

— Down with the coward!

— Throw him out!

— Down with him!

An angry crowd of brave, young patriots rushed on the old man and began to push, pull, and kick him in their rage.

They finally let him go because of his age — otherwise they would have stoned him alive.

They all pledged themselves to be brave tomorrow and to show themselves worthy of the honour and the glory of their nation.

People went away from the meeting in excellent order. As were parting they said:

— Tomorrow we shall see who is who!

— We’ll sort out the boasters tomorrow!

— The time has come for the worthy to distinguish themselves from the unworthy, so that every rascal will not be will not be able to boast a brave heart!

I went back to the inn.

— Have you seen what we are made of? — my landlord asked me proudly.

— Indeed I have, — I answered automatically, feeling that my strength had deserted me and that my head was buzzing with strange impressions.

On that very day I read in their newspaper a leading article which ran as follows:

— Citizens, it is time to stop the vain boasting and swaggering amongst us; it is time to stop esteeming the empty words which we use in profusion in order to display our imaginary virtues and deserts. The time has come, citizens, to put our words to the test and to show who is really worthy and who is not! But we believe that there will be no shameful cowards among us who will have to be brought by force to the appointed branding place. Each one of us who feels in his veins a drop of the noble blood of our ancestors will struggle to be among the first to bear the pain and anguish, proudly and quietly, for this is holy pain, it is a sacrifice for the good of our country and for the welfare of us all. Forward, citizens, for tomorrow is the day of the noble test! …

My landlord went to bed that day straight after the meeting in order to get as early as possible to the appointed place the next day. Many had, however, gone straight to the Town Hall to be as near as possible to the head of the queue.

The next day I also went to the Town Hall. Everybody was there — young and old, male and female. Some mothers brought their little babies in their arms so that they could be branded with the stamp of slavery, that is to say of honour, and so obtain greater right to high positions in the civil service.

There was pushing and swearing (in that they are rather like us Serbs, and I was somehow glad of it), and everybody strove to be the first at the door. Some were even taking others by the throat.

Stamps were branded by a special civil servant in a white, formal suit who was mildly reproaching the people:

— Don’t hum, for God’s sake, everybody’s turn will come — you are not animals, I suppose we can manage without shoving.

The branding began. One cried out, another only groaned, but nobody was able to bear it without a sound as long as I was there.

I could not bear to watch this torture for long, so I went back to the inn, but some of them were already there, eating and drinking.

— That is over! — said one of them.

— Well, we didn’t really scream, but Talb was braying like a donkey! … — I said another.

— You see what your Talb is like, and you wanted to have him as the chairman of the meeting yesterday.

— Ah, you never can tell!

— They talked, groaning with pain and writhing, but trying to hide it from one another, for each was ashamed of being thought a coward.

Kleard disgraced himself, because he groaned, and a man named Lear was a hero because he asked to have two stamps impressed on his forehead and never gave a sound of pain. All the town was talking with the greatest respect only about him.

Some people ran away, but they were despised by everybody.

After a few days the one with two stamps on his forehead walked about with head held high, with dignity and self-esteem, full of glory and pride, and wherever he went, everybody bowed and doffed his hat to salute the hero of the day.

Men, women, and children ran after him in the street to see the nation’s greatest man. Wherever he went, whisper inspired by awe followed him: ‘Lear, Lear! … That’s him! … That is the hero who did not howl, who did not give a sound while two stamps were impressed on his forehead!’ He was in the headlines of the newspapers, praised and glorified.

And he had deserved the love of the people.

All over the place I listen to such praise, and I begin to feel the old, noble Serbian blood running in my veins, Our ancestors were heroes, they died impaled on stakes for freedom; we also have our heroic past and our Kosovo. I thrill with national pride and vanity, eager to show how brave my breed is and to rush to the Town Hall and shout:

— Why do you praise your Lear? … You have never seen true heroes! Come and see for yourself what noble Serbian blood is like! Brand ten stamps upon my head, not only two!

The civil servant in the white suit brought his stamp near my forehead, and I started… I woke up from my dream.

I rubbed my forehead in fear and crossed myself, wondering at the strange things that appear in dreams.

— I almost overshadowed the glory of their Lear, — I thought and, satisfied, turned over, and I was somehow sorry that my dream had not come to its end.

 

Source: Yugoslav Short Stories, Oxford University Press, London 1966. (Translated by Svetozar Koljević)

Last year, when we were preparing for the publication of this story on our website, we contacted our esteemed academician Mr Svetozar Koljević to ask if he would give us the rights to publish his translation. In a short and cordial phone conversation, Mr Koljević expressed his agreement and support, saying that “it is a great step for our little Radoje”. Recently, we learned with a great deal of sorrow that Mr Koljević had passed away, at the age of 85, after a long and fruitful academic career spanning over 50 years. We publish this work in his honour. May his memory be eternal! Editors.